Expérimenter le streaming équitable avec 1D touch

1D-touch-webDématérialisation ou vinyle, streaming ou téléchargement, pro ou amateur, sous contrat ou libre, mainstream ou indé, individuelle ou collective, enregistrée ou live… aujourd’hui, la musique est à choix multiples. Pour les professionnels des bibliothèques aussi. La rétribution des artistes est au cœur du débat, comme l’illustre l’affaire Taylor Swift/Apple.

De la médiathèque de vinyles de Séoul aux plateformes de streaming, en passant par l’acquisition (ou non) de musique (cf. site de l’ACIM), les expérimentations et interrogations autour de la musique en bibliothèque se multiplient. Tout un programme pour let it bib !

Une initiative de la Médiathèque départementale

En 2015, la Médiathèque départementale d’Ille-et-Vilaine (MDIV) a mis en place un dispositif permettant à 11 lieux et 3 réseaux intercommunaux de bibliothèques de tester auprès de leurs usagers le service et la borne 1D touch, proposés par la société 1D Lab.

À l’origine de ce dispositif ? Une découverte de la plateforme 1D touch aux Transmusicales 2013, puis de la borne associée, designée par Inclusit design, et présentée au Jardin moderne, en 2014. La MDIV souhaite alors faire dialoguer les partenaires du territoire impliqués en musiques actuelles (salles de concert, festivals, lieux de formation, lieux ressources…) et proposer aux usagers une offre musicale numérique et alternative, à la fois exploratrice en terme de contenus (artistes, labels) et volontariste sur les champs de la rémunération et du soutien à la création. L’offre 1D touch va dans ce sens et la MDIV propose aux bibliothèques du département de l’expérimenter.

La formule adoptée par la MDIV pour l’année 2015 ? 2700 comptes sur la plateforme et 2 bornes « en vrai », louées, qui se promènent dans tout le département. La bib qui accueille la borne est administratrice : elle crée les comptes pour ses usagers, conçoit les « capsules », ou playlists thématiques, gère les commentaires et en assure la modération.

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1D Lab : « smart-up » au service des indés

Réservé aux institutions, le service commercialisé par 1D Lab est souple : en solo ou mutualisé, avec ou sans borne, à l’achat ou à la location, pour un nombre plus ou moins important de comptes… C’est dans la durée et le dialogue qu’il s’inscrit.

Si 1D Lab se revendique à la fois « première plateforme mondiale de streaming équitable », « laboratoire territorial d’innovations culturelles », et tout ça depuis Saint-Étienne ou sa récente annexe à La Gaité lyrique à Paris, c’est qu’elle allie concept novateur, éthique dans l’air du temps et émulation technologique.

Incubée au sein de la pépinière d’entreprises du Mixeur, 1D Lab a choisi de rester à proximité du tiers-lieu stéphanois et d’encourager les partenariats au sein du quartier créatif de l’ancienne manufacture d’armes (Télécom Saint-Étienne, Cité du design, etc.)

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Avant 1D Lab, tournée vers les labels indés, la juste rémunération des artistes, le soutien à la création, il y a eu CD1D, fédération de labels indépendants. Créée en 2004 pour maintenir une certaine diversité musicale et soutenir la création, CD1D a lancé 1D Lab en 2012 pour se frotter à ce dont tout le monde parlait alors comme étant l’avenir de la musique : la dématérialisation et l’écoute en streaming. 1D Lab évolue vers l’économie solidaire en 2014, devient une SCIC, lance des campagnes de crowdfunding et cherche des soutiens de territoires. L’indépendance passe aussi par les autres. Le design thinking, qui place l’usager au centre des choix d’innovation, fait partie de l’ADN d’1D Lab.

1D Lab revendique aujourd’hui pour son service de musique 1D touch 1 million de titres, 50 000 artistes, 7000 labels indés, 90 lieux « relais » et 35 000 membres. Le projet a des allures de work in progress collaboratif et le modèle économique se cherche encore. À l’avenir, 1D Lab souhaite s’appuyer sur un réseau de fidèles et de nouveaux abonnés, continuer à expérimenter l’aménagement d’espaces comme à la BM de Lyon, proposer une expérience plus globale à l’utilisateur en élargissant l’offre aux jeux vidéo et aux livres, en favorisant l’interactivité, et en développant la V2 de sa borne. Pour accompagner ce développement, une campagne de financement solidaire sur Ulule est menée de mai à juillet 2015.

L’expérience 1D touch à Cesson-Sévigné : une médiation teintée d’écoute

Dans le cadre du dispositif mis en place par la MDIV, la médiathèque de Cesson-Sévigné a ouvert le service en avril 2015 et accueillera la borne en septembre de cette année. Pour faciliter l’accès au service et aux ressources musicales dématérialisées, Rozenn Le Ruyet, responsable de l’espace Images et sons, a imaginé une médiation minutieuse et engagée, au cas par cas. Elle a porté le projet à la fois auprès des collègues, des partenaires et, bien sûr, des usagers. Ses retours d’expérience sont éloquents.

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Rozenn a d’abord proposé un atelier en interne où elle a eu la bonne idée de définir 1D touch en ses termes. Qu’est-ce qu’une « plateforme » (et une « borne ») de « streaming » « équitable » ? 1D touch a ensuite été patiemment expliquée à chaque usager intéressé par le sujet. L’occasion de découvrir que 70 % d’entre eux ne connaissaient pas Deezer, plateforme à succès qui fait aussi parler d’elle en raison de la rétribution qu’elle accorde aux artistes : 0,003 € par écoute contre 55 % du montant des abonnements, soit à peu près 0,29 €, dans le cas d’1D touch. Si 90 % des gens sont intéressés par 1D touch et demandent à recevoir une « invitation », tous cependant ne finalisent pas leur abonnement. Ainsi 135 invitations ont été lancées pour 80 comptes validés via la médiathèque de Cesson-Sévigné. 1D Lab, nous dit Rozenn, est à l’écoute des retours de ses gestionnaires de comptes (bibliothèques, salles de concert, etc.) pour limiter cette déperdition.

Pour autant, les retours usagers et pros sur l’expérience 1D touch sont enthousiasmants. Lors de l’atelier de présentation de la plateforme à Cesson-Sévigné, des partenariats sont nés avec le Centre culturel et des usagers, ravis d’« écouter de belles choses », ont exprimé leur motivation pour ouvrir des comptes. Ils ont également testé le très ludique projet Siilar développé par la start-up Niland.

Siilar ou comment multiplier la découverte des artistes indés à l’infini. Le moteur de recherche et le référencement par tags ont permis à 1D touch de tester ce jeu de prescription tour à tour pertinent, drôle et surtout infini. Exemple de recherche : « Rihanna »/réponse : « pas trouvé », mais si vous ajoutez des critères précis, 1D touch vous propose de trouver des artistes similaires. Exemple toujours : « Rihanna + country + voix d’homme »/réponse… les noms des heureux élus indés qui répondent à tous ces critères !

Face aux améliorations techniques à apporter (bugs selon le navigateur, affichages sur smartphone aléatoires, fonctionnalités limitées, référencement à affiner), Rozenn Le Ruyet préconise l’indulgence, voire le soutien à 1D Lab. Sa conclusion : « un super bel outil à l’esthétique agréable qui favorise la découverte d’artistes indépendants, dont le modèle économique est en cours, et le service chouette, mais surtout prometteur ».

À la MDIV, le projet en est aussi à ses débuts. Mais il permet déjà d’évoquer les questions de rétribution juste des créateurs, de se familiariser avec les ressources et d’entamer, ou de poursuivre, un dialogue entre les acteurs locaux de la musique, dont les bibliothèques.


Le tumblR d’1D touch

Plateforme Ulule pour la V2 d’1D touch

Un article d’Économie et solidarité


À suivre : la rencontre, à la médiathèque de Pacé, avec Antoine et Dominique, et leur géniale journée de création musicale, Ziklibrenbib et l’émission 90B de canal B consacrée aux musiques libres.

Photographies : 1D Lab et Médiathèque de Cesson-Sévigné

L’Autre Lieu, Le Rheu

_DSC0502Plusieurs chemins mènent à L’Autre Lieu : heureux tiers-lieu, boîte à possibles et, surtout, lieu de l’altérité. Un lieu où l’on s’ouvre à l’autre, où l’on se rencontre, « au-delà du livre » et des différences. L’Autre Lieu est une médiathèque à vocation sociale qui a l’ambition, plus que du vivre ensemble, du bien vivre ensemble.

L’Autre Lieu, c’est une pluralité d’espaces (1500 m2 en tout), dessinés par l’architecte Jean-François Golhen. À l’étage, un auditorium (79 places), où l’on a croisé de jeunes instrumentistes de l’École de La Flume avant une audition, une salle consacrée aux animations, où les tapis ont des allures de bonbons, et une mezzanine-passerelle modulable et son quatuor de tables. Au rez-de-chaussée, la médiathèque, aux volumes généreux, grand ouverte, une salle d’expo, de jeux vidéo, un coin café…

À L’Autre Lieu, la culture n’est pas une enclave, mais un refuge. Lumineux. Utile et ouvert à tous. Des services et acteurs sociaux y sont d’ailleurs installés pour faciliter les démarches et mixer les publics : point accueil emploi, mission locale, permanences CIDFF, assistants sociaux, CPAM, Start’Air Insertion, CIAS…

Regarder, écouter, se connecter, vivre sa ville, déguster, buller… La signalétique de la médiathèque incite au butinage, à la flânerie, comme l’interminable banquette qui serpente à l’orée de l’espace Jeunesse. Ces verbes incarnent bien l’esprit de l’équipe et du lieu, humble et créatif, soucieux d’adapter ses réponses aux pratiques réelles des usagers.

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Ici ou là des résurgences du passé, un pan de torchis. Parce que pour se sentir pousser des ailes, on cultive ses racines. Les collections ont investi la cour de la ferme de la Mare, bâtie en 1836. Avec les enfants de l’accueil de loisirs et les sérigraphes de l’Atelier du Bourg, les anciens ont partagé leurs recettes oubliées : P comme pied de cochon, R comme riz au lait… De ce collectage et des ateliers intergénérationnels associés sont nés les premiers titres de la belle collection L’Autre Lieu : des livres uniques et numérotés, à emprunter. Une démarche populaire et sensible, à l’image des cinquante portraits légendés des Rheusois réalisés par Philippe Henry lors du lancement Ce qui nous nourrit. L’identité communale, forte, de la Cité-jardin et des Tablées a trouvé dans L’Autre lieu une chambre d’écho.

Chemin de verdure, chemin des goûts, chemin des sons aussi. Prendre le temps de l’écoute et du repos, c’est ce à quoi nous invite l’œuvre de l’artiste-designer Isabelle Daëron, Bibliophonie, banc sonore en forme de bosquet. Véritable outil de médiation des actions menées à l’intérieur, on s’y installe aux beaux jours. À L’Autre Lieu, on trouve aussi des playlists soignées, du streaming équitable* et une ribambelle de partitions.

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Et si innover, c’est réaliser ce dont tout le monde rêve comme une évidence, L’Autre Lieu l’a fait. À l’image de cette boîte aux lettres pour rendre ses documents quand la bibliothèque est fermée…

* Promis, on en parle bientôt sur ce même site 😉


Podcasts de Canal B en 5 épisodes : Ce qui nous nourrit par Philippe Henry, photographe

Un article sur le site de Rennes Metropole


L’Autre Lieu
8, rue du docteur Wagner
35650 Le Rheu
02 23 42 39 60
http://lautrelieu.fr/

Lagirafe, Monfort-sur-Meu

_DSC0123L’ouverture d’une médiathèque est un moment souvent attendu, parfois long, parfois fébrile. Encore plus quand on fait le pari du mystère et entretient le suspense autour de ce curieux objet de désir.

C’est le cas de l’intrigante proposition faite aux Montfortais. Entre 2012 et 2014, après avoir suivi la (fausse) piste d’un dodo, ils ont vu naître, aux portes de leur ancien Tribunal d’instance, et camouflée au creux de ses monumentales colonnades, une altière girafe de six mètres de haut et d’une tonne et demie. Lagirafe, en un seul mot, métamorphose poétique d’un lieu où le pouvoir a laissé place au possible.

Passée la vision insolite de cette géante de bois et de lettres, restée à la porte de la médiathèque et observant par la fenêtre ce qui s’y passe, la plongée dans l’imaginaire est immédiate. Très vite, on en oublie les anciens usages de la maison. Lagirafe est un dialogue entre le dedans et le dehors, une invitation en plein cœur de ville. Invitation à la lecture bien sûr, mais invitation à la rencontre, au loisir, au jeu, à la flânerie ou encore à la causerie. La girafe est un animal serein et qui voit loin. Son cœur énorme déborde de sagesse.

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Dans ce tiers lieu, dont la surface habitable a été doublée (passant de 400 à environ 850m2), la circulation, la mise en espace et l’habillage ont été très bien pensés et se répondent. Coordonné à partir de 2013 par le directeur de la médiathèque Eric Frigerio, le travail de création complexe et pluridisciplinaire a été réalisé par l’architecte Bertrand Aubry, le designer Erwan Mével, le graphiste Mathieu Desailly, l’agence Texto (représentée par Claire Aubert) et le sculpteur Thierry Laudren. Il émane de ces collaborations multiples et singulières, où le regard de l’un enrichit celui de l’autre, une forme de liberté et de générosité rares.

Lagirafe chahute les lignes et allume bien des lumières. Il existe en ce lieu de petites et grandes surprises. Des gants blancs posés en lisière de livres d’artiste. Une pochothèque pour l’essentiel. Des alcôves couleur de pierre ou de lichen. Un éléphant caché au mur. Une table-vache. Une table-surf. Un boulevard de BD. Une sieste musicale. Des petites oreilles. Un forum. Du soleil. Des papoteuses. Une terrasse. Des sérifs mariées à des pixels. Des enfants en chaussettes. Un club lecture où l’on se tutoie, où l’on dîne. Non seulement le lieu est joli et intelligent, mais l’on s’y sent bien.

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Lagirafe joue hors-cadre et nous prend de biais. Ici rien n’est figé et c’est justement ce qui nous plaît. Le public non plus ne s’y est pas trompé. Plus de 3000 inscrits pour 6500 habitants : promesse tenue !


Petite histoire en images 


Lagirafe
1, place du Tribunal
35160 Montfort-sur-Meu
02 99 07 94 92
contact@lagirafe-mediatheque.fr
http://montfort-sur-meu.fr/fr/bibliotheque-94-192.html