Gildas Carrillo, le goût des autres

Quand Gildas Carrillo, responsable de la désormais fameuse Médiathèque Phileas Fogg à Saint-Aubin du Pavail, a répondu à notre demande d’entretien, il a tenu à ce que ses coéquipiers y participent. C’est donc avec 3 des 22 bénévoles – Fabienne Darras, Corinne Chanvry et Pascal Jouet – que notre rencontre a eu lieu. Autour d’un salon puis d’une grande table, on a papoté, mangé, bu et ri en bonne compagnie. C’est qu’on sait recevoir dans ce village breton de 800 habitants. Avec bonhommie et générosité. Si le froid novembre nous a tenus à l’intérieur, notez qu’au fil des saisons, c’est du côté du four à pain, au creux des transats ou au détour de chemins et prairies sauvages que l’équipe de la médiathèque concocte son « hors les murs ». Une médiathèque ouverte sur les autres, le monde et la culture, élue chantre de la médiathèque troisième lieu.

[Gildas] Chacun pour tous

Pour Gildas, voilà dix ans que l’histoire a débuté. En 2006, Jean-Luc Poussier, ancien journaliste, maire de Saint-Aubin du Pavail pendant dix-neuf ans, décèle en Gildas le précieux capable de prendre en main à la fois le journal municipal, Le Pavail, et la bibliothèque, alors située Salle polyvalente. Gildas, lui, recherche un travail en complément de son activité principale et, contre toute attente, décroche, grâce à sa formation de graphiste, un mi-temps partagé entre l’apprentissage de Dewey et autres barbaries (aux côtés de Muriel Fourcade, seule bénévole à l’époque) et la mise en pages du Pavail.

C’est que Gildas fait feu de tout bois culturel. Artiste plasticien, il a été, dans ses vies antérieures, objecteur de conscience à l’école Grimault (pédagogie Freinet), animateur multimédia dans une maison de quartier rennaise et membre de l’association Katarsis. Ses Kabarets Katars ont un temps été programmés lors de soirées au Jardin moderne par leur éclectisme. Une ligne qu’il continue de revendiquer. Si ce « Michel Drucker » made in Breizh n’a pas son pareil pour présenter les autres, le faire parler de lui n’est pas chose aussi aisée. À Fabienne, Corinne et Pascal, Gildas n’a d’ailleurs de cesse de répéter : « sans vous, je ne ferai rien ». Son « super-réseau », ses compétences en action et administration culturelles et ses envies tous azimuts sont pourtant vivaces. Gildas a mille idées à la seconde et la grande qualité de fédérer autour de ses envies et… celles des autres.
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À la médiathèque Phileas Fogg, on trouve ça et là des traces des rencontres entre artistes, bénévoles, usagers ou habitants. À l’extérieur, une grande sculpture très Jules Verne. À l’issue d’un apéro-collecte de métaux usagés (déposés par les habitants devant la médiathèque), les Frères ailleurs l’ont réalisée pendant le festival Cirque ou presque de Noyal-sur-Vilaine (désormais hébergé à Piré-sur-Seiche). Face à cette sculpture aux accents steampunk, de fiers crayons rouges sculptés dans des troncs d’aulne. Brandis quelques temps après les attentats contre Charlie Hebdo, ils signent la première édition du Fil rouge : un temps fort participatif et un parcours créatif dédié au land art dont la V2 se prépare. À l’intérieur de la médiathèque, on repère pêle-mêle une sérigraphie de l’Atelier du bourg, des photos d’Aurore Van Langhenhoven, des sculptures, une citrouille poids plume… De fil en aiguille, la médiathèque prend des airs d’artothèque. Et puisqu’on ne peut pas pousser ses murs, Gildas se plaît à imaginer des œuvres se baladant chez les habitants.

[Saint Aubin du Pavail] Saint-Aubin : que de liens !

Saint-Aubin du Pavail est une jolie commune rurale qui a su, notamment grâce à Jean-Luc Poussier, se développer tout en préservant son bâti ancien et en façonnant le lien social. Un lieu favorable à la germination artistique, d’où sont originaires deux autres Poussier qu’on adore à LIB, Marion, photographe et Audrey, illustratrice, mais qui voit de temps en temps Étienne et Nicolas de Crécy. À vrai dire, Gildas connaît chacun des habitants par son nom. Mais loin du name dropping, s’il cite autant les gens, c’est qu’ici tous œuvrent à concevoir ensemble des moments de partage. Via le terreau associatif hyper vivant, à l’image de La Mie du Pavail, association qui gère le four à pain, ou via les commerces, l’auberge et la boulangerie. À écouter Fabienne et Corinne parler, l’émulation collective est franche et donne à la ruralité de Saint-Aubin une couleur particulière, à mille lieues de la désertification ou de la densification dortoir dans le giron des villes alentour. Vivre ensemble est ici une réalité articulée aux lieux du village, dont la médiathèque Phileas Fogg.

[Phileas Fogg] Le troisième lieu

En 2008, lorsque se dessine le projet d’une nouvelle médiathèque adaptée à l’accueil du public, c’est déjà le troisième mandat d’un maire aux choix nets. La confiance est à l’origine de l’investissement de Gildas dans le projet puisque le maire lui propose de suivre, lui, la construction du bâtiment et de lui déléguer la conception du « projet culturel original ». Gildas s’empare « à fond » du projet. Pas de demi-teinte. Il veut « plus qu’une médiathèque » et intitule son projet « comme à la maison », tournant autour l’idée du foyer, lieu entre la maison et le travail. Un endroit où « tout [serait] culture » selon la définition de Pascal. C’est que Gildas aime les lieux atypiques et les liens informels. Plutôt que d’une grosse borne de prêt, il rêve d’une grande table de ferme à l’entrée de la médiathèque. En bon créatif, il aiguise sa curiosité, et travaille 24 h/24 à nourrir son inspiration. Ses modèles vont de cafés de pays, LE modèle de Gildas, comme L’autre rive en forêt de Huelgoat, en cafés-librairies, vers des structures plus vastes mais inspirantes, comme le Lieu Unique à Nantes ou le Jardin moderne à Rennes. Pour compléter ses escapades « hors les bibs », Gildas entame une tournée des popotes en compagnie d’une « élue exceptionnelle », Élisabeth Douet. Trois jours durant, pour mieux l’accompagner le conseiller, Élisabeth a écouté Gildas lui raconter son métier et son projet. Les médiathèques qui retiennent leur attention sont, par exemple, Brécée, pour le mobilier ou Betton, « très vert ». Gildas veut travailler sur le fonctionnement. Éviter à tout prix l’effet « coquille vide ». Il souhaite des horaires d’ouverture amples et a donc besoin de moyens humains, d’une équipe de bénévoles importante.

En 2009, Mathilde Servet élève conservatrice soutient son mémoire de fin d’études intitulé Les bibliothèques troisième lieu. Un choc à la lecture pour Gildas. Il est en pleine réflexion et y retrouve pour partie son « diagnostic », ce à quoi il a déjà pensé. Il pioche alors de nombreuses idées pour les collections, telle une « réserve vivante », et mixe le tout avec son approche participative. Gildas est cette fois accompagné par Muriel Piffeteau, aujourd’hui responsable de la médiathèque de Betton, qui lui a été « d’une aide extraordinaire », notamment pour ficeler le projet et faire une proposition carrée aux élus. Son dossier est accepté et les travaux commencent. La médiathèque Philéas Fogg verra le jour en même temps que la grande et belle tête de réseau voisine et partenaire : Les Halles, à Châteaugiron. Reste à Gildas à convaincre des personnes de rejoindre l’équipe de bénévoles pour faire tourner le lieu.

[Corinne, Fabienne, Pascal] Une histoire de confiance

Si le « casting » des bénévoles a été drastique, selon les dires de Gildas, et les catégories bien définies (bibliothécaire, animateur, communication et évènementiel et super bénévole multicompétences), les qualités et valeurs recherchées se lisent et s’entendent autour de notre table. L’engagement, l’insertion dans la vie associative, un vrai dynamisme, le droit à l’essai et à… l’échec. Une humilité évidente aussi. Les bénévoles, habitants de Saint-Aubin ou d’ailleurs, affirment que Gildas est à l’origine de tout, que c’est pour lui qu’ils sont fidèles au poste. En contrepartie de leur participation, pas d’organisation rigide définie à l’avance, pas de contraintes (aucun d’entre eux n’en voit à ce jour !) et les bénévoles restent et reviennent. Une réunion tous les deux mois, un tutorat pour accompagner les nouveaux. Gildas ne s’occupe même pas du planning, chacun s’y inscrit, se porte volontaire, propose, gère.

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Corinne Chanvry, Fabienne Darras, Gildas Carrillo et Pascal Jouet

Agente de voyage, Fabienne a mis sa passion pour la bidouille, la récup et le bricolage au service d’un atelier créatif très couru. Depuis huit ans, elle n’a de cesse de réinventer son sujet et voit les générations des petits de Saint-Aubin défiler. Pascal, en retraite, et féru de photo, a pris le relais de sa fille Lucie, ancienne bénévole. Devant quitter les lieux pour ses études, elle lui a en quelque sorte passé le flambeau. Quant à Corinne, jeune retraitée de l’éducation nationale, « The super bénévole », elle œuvre sur tous les fronts. Soutien scolaire, bibliothèque, évènementiel, son soutien à Gildas et au lieu crève les yeux. Son engagement bénévole lui a d’ailleurs permis de décrocher un contrat dans une bibliothèque du réseau et l’expérience la tenterait bien à nouveau. Gildas incite, ouvre des portes, donne confiance, et est, en retour, entouré de toute la bienveillance et des compétences de chacun, offertes généreusement. Les temps forts créatifs et collaboratifs, comme Le Fil rouge ou Des livres dans mon casse-croûte, sorte de « Petite Bibli dans la prairie », sont même l’occasion de susciter de nouveaux bénévolats.

Si les médias sont unanimes (Télérama, Ouest-France, France Inter…), si les professionnels sollicitent Gildas fréquemment (Bibliothèque[s], journée pro BPI, congrès ABF…), celui-ci s’avoue quand même « un peu dépassé » par le succès « inattendu » de la médiathèque, Prix Coup de Cœur du jury lors du 4e Grand Prix Livres Hebdo des Bibliothèques francophones 2013. « Tout ça m’est tombé dessus » nous confie-t-il. Et d’admettre que son aventure reflète sans doute aussi un certain « activisme culturel » propre à la Bretagne, région créative, engagée, qui aime croiser les genres. Certains grincheux reprochent à Gildas de s’être trop éloigné de la lecture publique, oubliant peut-être de voir qu’il y a à Saint-Aubin, en plus de la promotion de la « culture sous toutes ses formes », la prise en compte d’enjeux politiques et sociaux inédits. Mais il y a surtout ce qui fait le cœur de toute belle histoire : un lieu, des personnes, une envie d’être et de faire ensemble qui donne un sacré supplément d’âme.


Pour aller plus loin

Le projet d’établissement

La médiathèque Philéas Fogg, diaporama de Gildas Carrillo et Corinne Chanvry, congrès de l’ABF, 2014

Travail collaboratif avec les bénévoles et co-création avec les usagers : la relation humaine, poumon d’une médiathèque 3e lieu dans un village de 744 habitants, Gildas Carrillo et Gaëlle Guimard (bénévole), 2014

Le mémoire de Mathilde Servet sur les bibliothèques troisième lieu, ENSSIB, 2009.

Aujourd’hui en France, Y a-t-il encore des livres dans les bibliothèques ? France Inter, 29 janvier 2016


Médiathèque Phileas Fogg
13, rue de la mairie
35410 Saint Aubin du Pavail
02 99 62 98 39
mediathequedupavail@yahoo.fr

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Le Tempo, Vezin-le-Coquet : comme à la maison !

dsc_0844Il y a tout juste 1 an, le 5 octobre 2015, Le Tempo ouvrait ses portes à Vezin-le-Coquet après 18 mois de travaux*. Ce centre d’activités socioculturelles abrite la nouvelle médiathèque : un tiers-lieu résolument cosy, grand ouvert sur son temps et sur le monde. Nous avons profité d’une visite organisée par doc@rennes au printemps dernier pour retracer avec Corinne Debel-Regereau, sa responsable, bibliothécaire chineuse, la belle histoire du lieu. Une histoire que Corinne connaît comme sa poche – puisque cela fait plus de 20 ans qu’elle contribue à l’écrire – et une histoire qui n’a pas dit son dernier mot !

Vive les espaces modulables !

À l’emplacement de l’ancien fournil et à proximité de l’ancienne médiathèque et du groupe scolaire Éric Tabarly, Le Tempo est un centre d’activités socioculturelles aux multiples ressources. Outre la médiathèque, il abrite une salle de conférences, projections et spectacles de 90 places, des salles de formation (dont une avec cuisine) ouvertes aux associations et réservables à toute heure sur demande, un espace dédié à l’information jeunesse et l’orientation scolaire et l’accueil de la mission locale pour l’emploi. Sa superficie est de 900 m2.

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La médiathèque compte actuellement 2300 inscrits, un nombre qui devrait augmenter encore d’ici quelques années. Ouverte 31 h par semaine, elle occupe 2 niveaux : l’ensemble du rez-de-chaussée, accessible depuis la place Fernand Bons, accueille les livres adultes et jeunesse et une partie du premier étage, en rez-de-jardin, accessible depuis le parvis des écoles, propose le multimédia, l’audiovisuel et la presse. Un large toit-terrasse recouvre l’ensemble du bâtiment. Il peut recevoir 200 personnes pour des spectacles extérieurs et pourrait permettre à terme l’agrandissement du bâtiment.

La création du Tempo, inauguré en novembre 2015, tient au développement démographique de la commune, notamment via le nouveau quartier des Champs bleus. De 3800 habitants en 2010, Vezin est passée à 5000 en 2016 et devrait atteindre les 7000 d’ici 10 ans.

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Avec ses gros hublots-alcôves, ses 60 places assises (contre 20 auparavant), sa cabine de visionnage, ses terrasses, ses mobiliers et objets chinés par Corinne, Le Tempo est avant tout un lieu de vie, ouvert et hospitalier. Situé en cœur de ville, à la croisée des chemins du quotidien, entre école, commerces, mairie… il est autant pensé pour les visites improvisées que programmées. Comme le rappellent ses architectes de l’Atelier du Canal, « sa conception architecturale est le fruit d’une démarche d’échanges itératifs entre la maîtrise d’ouvrage, les utilisateurs et la maîtrise d’œuvre ». En témoignent ses bornes d’accueil façon brocante, son style industriel et ses cloisons typographiques.

L’âge du faire

Corinne et son équipe ont rêvé d’une bib « comme à la maison » ! Ils ne voulaient surtout pas de « quelque chose de clinquant, où les gens n’osent pas venir ». Sur les deux plateaux décloisonnés, les usagers disposent d’espaces et d’ambiances variés : du Comptoir avec presse, café à volonté et possibilité de pique-nique à la salle de travail fermée (L’Atelier), Le Tempo répond à tous les usages, individuels et collectifs. Il a récemment proposé un concert gratuit de musique irlandaise (Moon Coin) pendant lequel l’asso partenaire Goûts et saveurs vezinois tenait une buvette avec vente de bières irlandaises.

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Au-delà de la simple convivialité, Le Tempo a une véritable vocation sociale : seul lieu à Vezin mettant des ordinateurs et du WiFi gratuit à disposition du public, il propose également aux chômeurs de l’accompagnement individualisé à la recherche d’emploi, de l’aide à la rédaction de CV ou de courriers. Pour les allophones, Mathieu, responsable de l’audiovisuel, propose un accompagnement FLE (Français Langue Étrangère).

Circulez, y a tout à voir !

Au Tempo, la circulation est intuitive d’un espace à l’autre, favorisée notamment par le mobilier modulaire. Côté collections, c’est la lisibilité et la vivacité de l’offre qui sont recherchées. Au rayon audiovisuel (20 000 documents maximum), on n’use plus que du facing. Pas question de classification rigide ou de réserve oubliée et poussiéreuse. N’en déplaise à Dewey, ici comme à la Bibliothèque Louise Michel à Paris, la nomenclature procède par grandes thématiques.

Mandana, responsable du secteur Adultes et BD, est une ancienne libraire et tient à ce que les livres vivent. Elle a imaginé une réserve « active », en hauteur, et des rayons dédiés : au voyage, aux policiers et à la SF, aux 13-15 ans (et leurs coups2coeurs), aux poches (disposés sur un meuble en carton)… On trouve aussi des pépites dans ce « bazar bizarre » : « des livres qu’on a envie d’acheter, mais qu’on ne sait pas où caser » !

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Au Tempo, numérique rime avec poétique. Le 1 % artistique a été consacré à l’espace informatique. Le mobilier Au bord, qui accueille 6 postes adaptés aux personnes à mobilité réduite, est l’œuvre d’Antoine Minguy et Bénédicte Rousset de l’Atelier Kloum, à Quimper. Son plateau au dégradé bleu évoque la mer. Ses alcôves de bois et de laine sont comme des rochers sur la plage et jouent des frontières poreuses entre intimité et espaces partagés, à l’image de l’internaute surfant sur la Toile. Si vous levez les yeux, vous décrocherez… une « lune captive ». Blanche vue de l’intérieur, rousse vue de l’extérieur… pour peu que vous mettiez en jeu la pastille orange que les designers ont collée sur le vitrage. Une œuvre interactive en somme.

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Prendre le temps d’apprendre

Prolongement de sa vocation sociale, Le Tempo a en orientation phare la formation. Pour animer les multiples actions qu’elle mène, et qui complètent les ressources d’autoformation, l’équipe de la médiathèque (5,4 équivalents temps plein) est épaulée par 15 bénévoles et personnes-ressources qui viennent partager leurs savoirs avec tous les publics. Les renforts ne sont jamais de trop pour offrir de l’accompagnement individualisé. Mohamed donne des cours d’arabe, Liz des cours d’anglais. Des ateliers d’informatique, d’écriture, de lecture à voix haute et de tricot-crochet sont également proposés.

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Cette rentrée, Le Tempo lance le projet Apprendre autrement afin, notamment, de répondre aux besoins spécifiques des enfants présentant des difficultés d’apprentissage (dyslexie, dyscalculie, dysorthographie…) et d’accompagner leurs parents en lien avec les enseignants. De plus en plus nombreux, ces enfants, auxquels le système général ne parvient pas à s’adapter, se trouvent trop souvent en difficulté. Très sensible au sujet, l’équipe de la médiathèque a d’ailleurs souhaité une signalétique en typographie Open dyslexie. Au vu du succès remporté par le préprojet Lire autrement qu’Harold, stagiaire issu de la licence pro Gestion et médiation de ressources documentaires de l’université Rennes 2, avait lancé (un simple rayonnage de livres et documents adaptés aux dys’ ou traitant du sujet), Corinne lui a proposé de transformer ce projet en une démarche plus vaste. Apprendre autrement passe par la mise à disposition d’outils et de méthodes d’apprentissage alternatifs. Des ouvrages, des applis, mais aussi des conférences et des ateliers comme ceux animés par la coach scolaire Kristin Leroy. Le 14 octobre, celle-ci proposera une conférence « Éviter la crise de nerfs à l’heure des devoirs » suivie d’un atelier parents-enfants découverte du mind-mapping. Cet outil pédagogique pouvant aider à visualiser et mémoriser fera l’objet d’un second atelier le 22 octobre. Deux bonnes occasions d’apprendre à apprendre en famille et… autrement, et de souhaiter au Tempo un heur…istique anniversaire !


* mis en dessins sur des carnets en accordéon par la chroni-croqueuse des Petits Riens Bénédicte Klène


Le Tempo – Médiathèque municipale
Contour de l’Église
35132 Vezin-le-Coquet
02 99 78 71 04
mediatheque@ville-vezinlecoquet.fr
mediatheque.vezinlecoquet.fr

Le multiculturalisme en bibliothèque

Lieux proclamés de rencontres , d’échanges et de cultures, les bibliothèques portent en leur sein le multiculturalisme. Vecteurs d’information et de formation, elles contribuent à l’émancipation des individus. Dans un contexte social, économique et politique mondial troublé, comment appréhender le multiculturalisme au quotidien et apporter, en bibliothèque, des réponses humaines et citoyennes justes ? Pour vous éclairer, let it bib revient sur deux initiatives : la légothèque et des ateliers d’apprentissage du Français Langue Étrangère à Saint-Jacques de la Lande.

Se construire grâce aux bibliothèques, l’ambition forte de la légothèque

Carrefour culturel et social dans l’espace public, la bibliothèque se cherche des outils pour accueillir au mieux les personnes éloignées de ses services et de la langue française. Le vocable juridique, administratif, social et culturel pour parler du public migrant n’est pas le plus aisé et, comme nous le rappelle la commission Légothèque  de l’ABF, « les migrant-es ne constituent en rien une catégorie homogène ».

Au sein de la Légothèque, 11 professionnels des bibliothèques, d’État ou territoriaux, travaillent sur les questions de construction de soi et la lutte contre les stéréotypes. Animé par une volonté forte de transparence, ce groupe définit clairement ses objectifs et informe les bibliothécaires, à l’aide de ressources précises et variées.

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On peut lire au fil de leur blog, l’un des nombreux outils disponibles, de longs billets, fouillés, une veille inspirante régulière, riche de multiples exemples en France ou à l’étranger. La commission préconise aux bibliothécaires une approche empathique afin d’accueillir au mieux la diversité du monde : « s’adapter, sans stigmatiser, à ses publics ».

Des ateliers de Français Langue Étrangère à la médiathèque Lucien Herr de Saint-Jacques de la Lande

C’est Charlotte Bihel, directrice de la médiathèque Lucien Herr à Saint-Jacques de la Lande (35) qui nous a détaillé cette action d’ateliers de Français Langue Etrangère (FLE), menée pendant sept ans, et aujourd’hui malheureusement terminée. Des ateliers et des actions à la rencontre de l’autre, des autres.

Objectifs pour les participants :

  • Favoriser leurs conditions d’intégration et la cohésion sociale au niveau local.
  • Améliorer l’accès à l’information sur les droits.
  • Comprendre leur environnement (écrits, codes culturels).
  • Faciliter leur insertion sociale et/ou professionnelle.
  • Favoriser leur autonomie, émancipation et confiance en soi.
  • Valoriser les personnes et leur culture d’origine.
  • Donner la possibilité d’émettre un point de vue et ainsi d’avoir le sentiment d’être pris en compte et de faire partie intégrante de la société.
  • Permettre aux adultes de retrouver leur place de parents face à leurs enfants.

Saint-Jacques de la Lande est un territoire particulier, une commune de Rennes Métropole, dont l’immédiate proximité avec Rennes et l’évolution urbaine s’est réalisée essentiellement ces vingt dernières années. Aujourd’hui, la commune est constituée de quartiers, morceaux épars aux cultures bien différentes qui créent la mosaïque culturelle de la ville. Se côtoient ainsi Saint-Jacques aéroport et le centre historique, le quartier de La Morinais et le nouveau centre-ville, le quartier Pigeon Blanc de l’autre côté de la rocade, ainsi qu’une partie du grand projet urbain rennais et jacquolandin de La Courrouze.

La mutation de la commune est née d’une volonté politique forte d’accueillir une population croissante, aujourd’hui au nombre de 11 200 habitants, en menant une politique de services et en façonnant autrement le vivre ensemble. Dans le nouveau centre-ville, construit ex-nihilo, et où se situe la médiathèque (ouverte en 2000), les services publics sont sortis de terre en même temps que les immeubles d’habitation, au sein desquels on dénombre une grande partie de logements sociaux.

La vocation sociale de la médiathèque, le sens de l’accueil de publics non-captifs sont inhérents à ce territoire et l’architecture figée (par définition) du bâtiment nécessite un effort constant vers plus d’humain et de rencontres . Le contrat de territoire, les partenariats naturels et le projet d’établissement de la médiathèque ont inscrit ces efforts sur le long terme. Comment fait-on pour vivre ensemble, se connaître et habiter l’espace public en se l’appropriant ?

L’équipe de la médiathèque recense au sein des ateliers FLE une cinquantaine de nationalités différentes, primo-arrivants ou résidents en France depuis plusieurs années. La CNIL ne permettant pas d’établir des statistiques, jugées discriminatoires, sur les origines des usagers des services publics, ces indications sont empiriques, mais néanmoins utiles pour ne pas nier la culture de chacun des participants.

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La proposition faite aux adultes en situation d’apprentissage du français était la suivante : répondre à leurs besoins pratiques dans la vie quotidienne, en valorisant la diversité. Un cours le mardi, encadré par deux formatrices de l’association Langue et communication, partenaire de la bibliothèque, la reprise des apprentissages 1 jeudi sur 2 sur le pôle multimédia de la médiathèque et l’autre jeudi, un atelier encadré par une professionnelle du Centre de la Lande, partenaire du projet, consacré à la découverte de l’environnement social et culturel.

Pour permettre aux personnes inscrites (46 personnes en 3 groupes pour les cours du mardi et 10 à 12 places le jeudi) d’y assister, la gratuité, la garde d’enfants, l’aide aux transports ont grandement facilité ce qui est, en soi, une difficulté culturelle, à savoir : se rendre dans une bibliothèque dans un pays d’accueil dont on ne maîtrise pas la langue.

La mise en place de l’apprentissage du FLE à la médiathèque Lucien Herr tient à un partenariat tripartite entre la médiathèque, avec Fabienne Godet, travaillant à l’espace des adultes et chargée notamment de la médiation en direction des publics éloignés, le centre social de la Lande, centre social et socio-culturel de la commune, avec la coordinatrice de cette action Hélène Durand, et deux formatrices de l’association Langue et communication, soutenue par Rennes Métropole, qui favorise l’accueil des migrants sur le territoire.

Selon Charlotte Bihel, ce partenariat est fondé sur les compétences spécifiques des professionnels qui le portent, en médiation et en langue. Mais il est à noter que les sept années des ateliers FLE ont aussi pu se développer grâce au savoir faire et au savoir être de chacun des professionnels pour proposer ces ateliers dans les familles, au sein du pôle Solidarités de Saint-Jacques, du CDAS, du point accueil emploi, de la crèche municipale ou des établissements scolaires.

Entre septembre 2008 et juin 2015, 262 personnes ont bénéficié du dispositif, 155 femmes et 107 hommes, 143 jacquolandins, 94 rennais et 25 personnes d’autres communes voisines. La mixité s’est peu à peu confirmée et plusieurs personnes ont pu passer et obtenir des diplômes valorisant leur apprentissage tels que leDELF (Diplôme d’études en langue française).

Malgré le franc succès de ce dispositif, les fragilités économiques se sont révélées nombreuses. Suite à d’importantes contraintes financières, les orientations du projet du Centre de la Lande ont été modifiées, des licenciements décidés et l’action, telle qu’elle était construite, arrêtée. Forces et faiblesses du partenariat se trouvent ainsi soulignées puisque le fruit d’années d’expertise et d’engagement d’interlocuteurs multiples n’a pas suffi à pérenniser le projet pourtant soutenu politiquement.

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Un lien s’est néanmoins instauré avec de nombreux apprenants, et la médiathèque continue de valoriser le multiculturalisme et la rencontre des uns et des autres. Ainsi, le rendez-vous Planète Bulle invite, trois fois par an, un habitant de Saint-Jacques à raconter sa langue et son pays à un public familial. On y lit, on y chante, on y goûte, ensemble et en toute convivialité. De quoi continuer à s’enrichir les uns les autres.


Mémoire ENSSIB de Lola Mirabail, Lecture publique et immigration(s)

La journée pro organisée par la BPI à Calais le 29 septembre 2015


 

Médiathèque Lucien Herr
18 Cours Camille Claudel
35136 Saint Jacques de la Lande
02 99 31 18 08
http://www.mediatheque-lucien-herr.fr

 

Sophie Marotte, un poisson-pilote à Carrefour 18

_DSC0805Il y a deux mois, en esquissant notre premier portrait (Katell Nicol), on vous disait déjà notre goût pour l’innovation incarnée, celle portée par des femmes et des hommes qui, à force d’envies et d’imagination, expérimentent au quotidien des projets avec leurs usagers et dessinent, mine de rien, les pratiques professionnelles de demain. Aujourd’hui, on vous présente Sophie Marotte, membre de l’association Lire et Délire et coordinatrice de l’Espace lecture Carrefour 18 à Rennes.
Sophie anime un lieu atypique, une caverne d’Ali Baba au cœur des tours et à l’orée d’un jardin. Ici, quand y’a de la lumière, c’est ouvert. Les usagers sont libres et font ce qu’ils souhaitent : emprunter un livre (ou pas), boire un thé ou un café (à volonté), flâner, bricoler, créer ou simplement discuter… L’Espace lecture Carrefour 18 n’est pas une bibliothèque et Sophie n’est pas bibliothécaire. Après des études de lettres et de russe, elle a vécu avec son mari 1 an à Tahiti, où elle a tenu une librairie-papeterie, puis 4 ans à Brest, avant de poser ses valises et élever ses 4 enfants à Rennes, où elle vit depuis 17 ans.

De l’association à l’Espace lecture

Lire et Délire, son association, a été créée en 1996 pour promouvoir la lecture sous toutes ses formes et pour tous les publics. Elle émane du groupe de bénévoles de la bibliothèque de Noyal-Chatillon-sur-Seiche, contraint de se structurer au moment où la bibliothèque est devenue municipale et s’est professionnalisée. Lire et Délire, c’est une bande de fées avec de l’or au bout des doigts. Un groupe d’amies où tout le monde fait tout. L’association invente toutes sortes d’animations et de formations autour de la lecture, considérée comme un formidable terrain de jeu. Elle s’est notamment fait connaître par la création de spectacles et de lectures animées adaptant et mettant en scène des albums jeunesse, choisis avec soin pour la qualité de leurs textes et illustrations. Citons pour exemples L’ours bleu ; Raymond pêcheur d’amour et de sardines, inspiré de l’album d’Aurélia Grandin (Rue du monde) ; Boucle d’or de Byron Barton (L’École des loisirs) ou encore Ceci est un poème qui guérit les poissons de Jean-Pierre Siméon et Olivier Tallec (Rue du monde).

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L’Espace lecture Carrefour 18 est hébergé par l’ARCS (Association rennaise des centres sociaux) au sein d’un de ses équipements partagés : le centre social Carrefour 18. Depuis son ouverture, en octobre 2010, Lire et Délire, missionnée par la Ville de Rennes dans le cadre d’une convention, y coordonne les projets et animations autour du livre, en étroite collaboration avec le SMAE (Service Médiation et Action Éducative des Bibliothèques de Rennes, dirigé par Marie-Anne Morel) et le centre social Carrefour 18 (dirigé par Patrice Preter). Les trois acteurs se réunissent tous les mois, et un comité technique a lieu tous les deux mois. Leur alchimie réussie tient à une volonté forte de travailler ensemble et en bonne intelligence. Le dicton l’union fait la force prend ici toute sa mesure. Comme l’a expliqué simplement Sophie lors de son intervention Une approche du livre et de la lecture par le détour. Des propositions concrètes qui permettent d’ouvrir le champ des possibles autour du livre et de la lecture à l’Espace lecture Carrefour 18 à la journée professionnelle La bibliothèque émancipatrice en 2013, les compétences s’additionnent et les faiblesses (ou défauts de fonctionnement) s’annulent. Pour illustrer cette belle complémentarité, Sophie file la métaphore animale et compare la Ville à l’éléphant, super structure et Lire et Délire à la souris, super souplesse. Ainsi Sophie n’a pas à gérer les collections de documents empruntables (via PMB) à l’Espace lecture. Caroline, Kristen et Maryse, du SMAE, s’en occupent pour elle. Avec ses lecteurs, Sophie se contente, malicieusement de les classer par couleur.

SOPHIE

Sophie est passée du statut de bénévole à celui de salariée. Elle jubile encore de cette opportunité – comme si on lui avait dit Continuez de vous amuser et, en plus, on vous paye ! – et remercie sincèrement Marie-Anne Morel et Marine Bedel de leur confiance, d’avoir osé et pris des risques. Après tout, rappelle Sophie, n’est-ce pas un grand talent que d’aller chercher les bonnes personnes?

Une démarche sociale qui ne crie pas son nom

La devise de Sophie, c’est de faire non pas pour les habitants, mais avec eux. Et il est vrai que partout au centre social, à l’extérieur, face à l’Étagère de rue dessinée par l’ébéniste créateur Emmanuel Pamphile ou à l’intérieur, dans l’antre chaleureux du petit Beaubourg ou de la maison de Barbapapa, on n’est jamais seuls. Toutes les envies, les initiatives, les idées, individuelles ou collectives, sont bonnes à écouter, à discuter. Et ça change tout.

Pour illustrer ce faire ensemble et cette redoutable capacité qu’a Sophie à créer des connexions, rappelons la belle aventure Bombance, menée en 2013-2014, avec la compagnie Caméléon. 1 année de préparation, 9 structures, 24 volontaires (parents, grands-parents, éducateurs, personnels de crèche…), 4 jours de formation, 1 spectacle, 1 semaine d’installation, 2 représentations publiques. La question posée au départ était Comment faire vivre les livres pour les tout-petits autrement ? Les réponses proposées ont été lumineuses, plus créatives les unes que les autres, comme ce formidable potager de livres. Mais la réponse ultime, comme le véritable but de Sophie, tenait en peu de mots : fédérer les gens.

Avec l’aide de ses amies de Lire et Délire et d’une quinzaine de bénévoles, et suivant les envies et les demandes des habitants, de multiples rendez-vous sont proposés dans et hors les murs. Impossible de les énumérer tous tant ils sont nombreux et renouvelés. Heureusement que le blog de l’Espace lecture, tenu avec beaucoup d’esprit et de vivacité par Sophie (qui, dans son autre vie à Noyal, a été correspondante pour Ouest-France), est là pour garder le fil. Citons quand même parmi toutes ce propositions des lectures animées et chansons pour les tout-petits, des jeux d’écriture collectifs ou individuels, un salon de lecture chez l’habitant, des partages et enregistrements de chansons et comptines du monde, des soirées livres et jeux (en partenariat avec Ludibli), des ateliers créatifs ou encore les fameuses Surprise Sorties ! À l’occasion de celles-ci, Sophie enfile sa casquette de chauffeuse et embarque une joyeuse troupe dans le minibus du centre social. La destination est connue à l’avance (salon Multiples à Morlaix) ou pas (Mois du doc à la Péniche Spectacle, Nuit du livre à Bécherel). En 2015, Sophie a lancé une petite fabrique poétique : des ateliers créatifs inspirés par des œuvres et auteurs classiques (dont Baudelaire, Hugo…). Comme dit Sophie, les participants ne viennent pas vraiment pour Victor Hugo, mais une fois sa tête ou sa citation brodée sur leur tote bag personnalisé, ils repartent avec ! Plus récemment les dimanches divers ont déplacé des foules. Et pour les fans de couture, naufragés de l’Internet, Sophie a trouvé un allié de choix pour les amener en douceur à oser arpenter la Toile : Pinterest, qui déborde de pépites couturières.

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En 2015 a également eu lieu un Carrefouremix inspiré des BiblioRemix. De ce remix (1 journée avec les salariés de la structure et 1 autre avec les habitants) sont nés à L’Espace lecture, et à la demande des habitants qui souhaitaient dépasser le stade du brainstorming et du prototypage, des petits-déjeuners en chantier : en résonance avec les midis tricot, 3 projets de mobiliers en forme de pelote sont lancés, dont une très attendue tricomobile !

Du fait qu’elle œuvre au sein d’un centre social et avec des publics mixtes, le travail de Sophie n’est pas toujours compris pour ce qu’il est. L’espace lecture n’est ni un fablab, ni un simple lieu de bricolage et de loisir créatif, et ne se définit que par l’action. Le lieu du faire, pour se retrouver, divers et ouverts, et pour créer ensemble et, pourquoi pas, autour de la culture. Sophie rappelle que nombreux encore sont ceux qui ne comprennent pas l’intérêt d’offrir aux personnes modestes mieux qu’un quatre quarts à quatre sous ou une déco en papier crépon. Et pourtant… s’ils savaient comme ça porte, d’avoir de belles choses autour de soi !

J’aurais pas cru que j’étais capable de le faire…

Cela dit, à l’heure où il est partout question de cocréation, de participatif, etc., l’expérience de Sophie et de Lire et Délire est reconnue par les institutions. Au programme du CNFPT figurent désormais des formations Créer des livres avec des enfants et Comment jouer avec les albums hébergées par l’Espace lecture et construites par Lire et Délire. Pour la deuxième fois, les personnels Jeunesse et Sport et les bibliothécaires Jeunesse des biblis de Rennes bénéficient aussi des services de l’Espace lecture et de l’accompagnement de Sophie pour créer, lors de journées de formation DIY (Do It Yourself) des éléments de scénographie ou de médiation (jeux inspirés d’albums par exemple) pour la biennale d’illustration Jeunesse Les P’tits bouquineurs. Ces journées sont très positives pour la cohésion et la motivation des équipes qui trouvent là une occasion, précieuse, de se retrouver autour d’un projet libre et partagé. Sophie l’affirme : faire ensemble, ça décoince plein de choses.

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Souvent, les gens rentrent à l’Espace lecture en disant “je sais rien faire” et, à chaque fois, ils en repartent en disant “j’aurais pas cru que j’étais capable de le faire”. Ils ne se font pas confiance, mais Sophie, qui estime presque comme une chance de ne pas être, à la base, une professionnelle, a l’art de les décomplexer. S’il lui arrive de travailler avec des professionnels, comme la compagnie Caméléon pour le projet Bombance ou Benoît Morel pour le projet Rêve Party, la plupart du temps, rappelle-t-elle l’intervenant, c’est nous ! Alors pour que les gens cessent de ne pas faire par peur de rater, elle leur met entre les mains de bons outils (comme cette géniale machine à coudre sans pédale) et les encourage à se lancer et à se planter : l’erreur, c’est formateur !

_DSC0801Au fond, le secret de Sophie est le même que celui de Katell Nicol : aimer les gens. Tous les jours, Sophie prête une attention personnalisée à ses usagers et partage avec eux des instants de vie et des cafés (au point que les enfants de Sophie croient que c’est son métier, à Sophie, de papoter en buvant  des cafés !) Fée des mots et des images, bricoleuse avertie, poisson-pilote, entremetteuse, Sophie, l’ex-bénévole, n’a de cesse de faire des connexions entre les lieux, entre les gens, et trace un sillon professionnel singulier, réfléchi et plein d’esprit. Merci et chapeau l’amie !


Association Lire et délire
06 17 09 55 67


Espace Lecture Carrefour 18
Centre social Carrefour 18
7 rue d’Espagne
02 99 53 58 95
espacelecture18@laposte.net
http://espacelecturecarrefour18.wordpress.com

L’Autre Lieu, Le Rheu

_DSC0502Plusieurs chemins mènent à L’Autre Lieu : heureux tiers-lieu, boîte à possibles et, surtout, lieu de l’altérité. Un lieu où l’on s’ouvre à l’autre, où l’on se rencontre, « au-delà du livre » et des différences. L’Autre Lieu est une médiathèque à vocation sociale qui a l’ambition, plus que du vivre ensemble, du bien vivre ensemble.

L’Autre Lieu, c’est une pluralité d’espaces (1500 m2 en tout), dessinés par l’architecte Jean-François Golhen. À l’étage, un auditorium (79 places), où l’on a croisé de jeunes instrumentistes de l’École de La Flume avant une audition, une salle consacrée aux animations, où les tapis ont des allures de bonbons, et une mezzanine-passerelle modulable et son quatuor de tables. Au rez-de-chaussée, la médiathèque, aux volumes généreux, grand ouverte, une salle d’expo, de jeux vidéo, un coin café…

À L’Autre Lieu, la culture n’est pas une enclave, mais un refuge. Lumineux. Utile et ouvert à tous. Des services et acteurs sociaux y sont d’ailleurs installés pour faciliter les démarches et mixer les publics : point accueil emploi, mission locale, permanences CIDFF, assistants sociaux, CPAM, Start’Air Insertion, CIAS…

Regarder, écouter, se connecter, vivre sa ville, déguster, buller… La signalétique de la médiathèque incite au butinage, à la flânerie, comme l’interminable banquette qui serpente à l’orée de l’espace Jeunesse. Ces verbes incarnent bien l’esprit de l’équipe et du lieu, humble et créatif, soucieux d’adapter ses réponses aux pratiques réelles des usagers.

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Ici ou là des résurgences du passé, un pan de torchis. Parce que pour se sentir pousser des ailes, on cultive ses racines. Les collections ont investi la cour de la ferme de la Mare, bâtie en 1836. Avec les enfants de l’accueil de loisirs et les sérigraphes de l’Atelier du Bourg, les anciens ont partagé leurs recettes oubliées : P comme pied de cochon, R comme riz au lait… De ce collectage et des ateliers intergénérationnels associés sont nés les premiers titres de la belle collection L’Autre Lieu : des livres uniques et numérotés, à emprunter. Une démarche populaire et sensible, à l’image des cinquante portraits légendés des Rheusois réalisés par Philippe Henry lors du lancement Ce qui nous nourrit. L’identité communale, forte, de la Cité-jardin et des Tablées a trouvé dans L’Autre lieu une chambre d’écho.

Chemin de verdure, chemin des goûts, chemin des sons aussi. Prendre le temps de l’écoute et du repos, c’est ce à quoi nous invite l’œuvre de l’artiste-designer Isabelle Daëron, Bibliophonie, banc sonore en forme de bosquet. Véritable outil de médiation des actions menées à l’intérieur, on s’y installe aux beaux jours. À L’Autre Lieu, on trouve aussi des playlists soignées, du streaming équitable* et une ribambelle de partitions.

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Et si innover, c’est réaliser ce dont tout le monde rêve comme une évidence, L’Autre Lieu l’a fait. À l’image de cette boîte aux lettres pour rendre ses documents quand la bibliothèque est fermée…

* Promis, on en parle bientôt sur ce même site 😉


Podcasts de Canal B en 5 épisodes : Ce qui nous nourrit par Philippe Henry, photographe

Un article sur le site de Rennes Metropole


L’Autre Lieu
8, rue du docteur Wagner
35650 Le Rheu
02 23 42 39 60
http://lautrelieu.fr/