Short édition et les bibliothèques de Grenoble

Le temps du court

Alors que la ville de Grenoble a annoncé la fermeture de 3 de ses 12 bibliothèques de quartier en 2017 dans le cadre d’un plan d’austérité, nous saisissons l’occasion de rappeler, grâce à l’exemple des bibliothèques de Grenoble, le lien particulier que les bibliothèques tissent patiemment avec leurs usagers. Rappeler également que ces lieux culturels sont aussi un soutien à la création artistique, à l’innovation et à l’économie d’un territoire.

Pour preuve, le dispositif mis en place par la mairie de Grenoble, de 8 « distributeurs d’histoires courtes », service créé et commercialisé par Short édition. Les distributeurs sont installés dans les services municipaux tels que l’hôtel de ville, l’office du tourisme, les maisons des habitants et 3 bibliothèques. Ils offrent aux usagers des services publics de la ville un temps court de lecture en attendant ce pour quoi ils se sont déplacés. Détourner les codes de la consommation de distributeurs ou du jetable pour un moment d’évasion gratuite, une invitation à la lecture et à la création littéraire populaire et sans contrainte, voilà le pari de Short Édition et de la ville de Grenoble.

Prendre le temps, même un peu

1 minute, 3 minutes, 5 minutes, sont les 3 propositions faites aux utilisateurs des distributeurs d’histoires courtes. Le temps est le seul critère de sélection. Depuis la borne, on choisit l’une des trois durées et une histoire plus ou moins longue sort imprimée sur un ticket. Que l’on jette, que l’on garde, que l’on collectionne.

Les bibliothèques du centre ville, Kateb Yacine et Saint-Bruno testent ces nouvelles machines depuis un peu moins d’un an et une chose est certaine, celles-ci ne laissent pas les bibliothécaires indifférents. Les bibliothèques ne sont pas à l’origine de l’implantation des bornes, décidée par la mairie, mais les ont accueillies après une certaine réflexion.

Où les placer ? Dans des lieux de loisirs comme dans l’espace café de la bibliothèque Kateb Yacine s’est révélé être un franc succès. Au même étage que les deux banques de prêt et le poste des inscriptions, l’effet escompté pour faciliter l’attente aux moments d’affluence est visible.

Les distributeurs sont attractifs, mais posent tout de même question aux bibliothécaires. Pourquoi ne pas pouvoir promouvoir le format court des nouvelles imprimées ? À l’heure de l’économie de l’attention, faut-il forcément jouer le jeu du « temps de cerveau disponible » ? Notons aussi que le choix des textes proposés par les distributeurs est fait par un comité de lecteurs et ne passe plus par le truchement des bibliothécaires et de leurs stratégies  d’acquisition.

Cela étant, la formule fait mouche et les bibliothèques reconnaissent la vraie bonne idée. En autonomie et « sans demander rien à personne », à la bibliothèque Saint-Bruno, le lecteur appuie à sa guise. Et il semble que tous les usagers s’y intéressent, quel que soit leur âge ou la fréquence de leurs visites. La découverte en mode aléatoire séduit les lecteurs et fait apparaître la volonté de l’éditeur de valoriser tous les genres. Fantastique, poésie, polar, etc. « tous les genres » sont représentés.

Les retours des lecteurs sont globalement très positifs dans les bibliothèques de Grenoble. A l’Office de Tourisme, on y voit même des habitués dont cette dame italienne qui vit à Grenoble et aime venir tous les jours où presque pour imprimer sa petite histoire. L’intérêt semble a contrario moins franc dans le hall de l’hôtel de ville de Grenoble où pourtant, l’attente pour des demandes administratives peut être assez longue. Suivant la nature de l’attente et le lieu, l’acte de lecture est plus ou moins naturel. Dans les bibliothèques, il y a comme une forme d’évidence.

Rematérialiser le numérique : l’idée n’est pas neuve et plusieurs diffuseurs de musique notamment en ont fait l’expérience. De l’avis de tous, le distributeurs d’histoires courtes est joli, au bon format et le ticket distribué élégant. Dans les bibliothèques, le distributeur fonctionne tout seul. Le signe discret de ce succès (difficilement quantifiable) est que les lecteurs viennent se plaindre quand il n’y a plus de papier dans la machine et qu’il faut changer le rouleau !

Short édition, éditeur « communautaire d’histoires courtes »

Le distributeur d’histoires courtes a été créé et lancé en 2015 par la start-up grenobloise et familiale, Short édition. Sa visibilité s’est récemment accrue grâce à une présence remarquée au salon Livre Paris et à l’intérêt porté par Francis Ford Coppola himself au projet. Depuis avril dernier, une borne se trouve dans le restaurant de San Fransisco du réalisateur, histoire incroyable narrée ici en images. Un concept bien trouvé, une bonne com’ et une dose non négligeable de story telling, l’entreprise a des atouts certains.

https://www.youtube.com/watch?v=G0Vf30w2yZg&feature=youtu.be

OKles 4 co-fondateurs

Jeudi 16 juillet 2015 Equipe de Short Edition, Cèmoi Photo : © Thierry CHENU thierry.chenu@grenoblecommunication.fr +336 84 52 10 99 – http://www.grenoble.fr Droits réservés : Ville de Grenoble © 2015

En 2011, désireux de mettre à profit les petits moments de creux du quotidien, Isabelle Pleplé, son frère et son fils, Christophe Sibieude, Quentin Pleplé. (rapidement rejoints par Sylvia Tempesta décident de lancer une maison d’édition numérique multi supports. Ils créent une plateforme (site Internet responsive), un distributeur (borne) et une édition papier périodique (4 fois par an) destinées à valoriser l’écriture et la lecture. À la différence du distributeur, le site offre du court « multisupports », du texte, mais aussi du dessin (BD) et du son (podcasts de textes lus).

Short édition peut-elle révolutionner l’édition papier traditionnelle ? Rétribution des auteurs et gratuité, qualité des œuvres proposées… les atouts mis en avant par l’entreprise représentent à tout le moins les questions liées aux évolutions des marchés et des pratiques culturelles.

Short édition affiche pas moins de 10 500 « auteurs-amateurs » publiés, un comité éditorial de 150 internautes et une communauté de 170 000 lecteurs abonnés. Les 100 à 130 œuvres proposées par jour sur le site Internet font l’objet d’une sélection a posteriori (en vue des prix, de la publication sur papier, de la présence ou non dans le distributeur d’histoires courtes…).

Tous auteurs ? Oui, c’est le credo de l’éditeur. Seulement, si ce dernier n’est pas un professionnel, la rétribution de ceux-ci serait de 10 à 40 % des recettes d’exploitation de location des bornes, le site ne générant aucune recette propre.

Mais au vu de la vitalité et de la qualité de l’animation de communautés proposée par Short Édition (prix, comités de lecture, lecteurs bénévoles impliqués…), de la démocratisation des pratiques artistiques, de la popularité des nouveaux canaux de diffusion et de l’omniprésence des supports nomades du numérique (smartphones, tablettes), pas de doute, le succès de cette start up semble assuré.

Et pour demain ? On reprendra du court, et un peu plus encore.

Même si de nombreux lecteurs ont apprécié la diversité des genres proposés (fantastique, aventure, policier, érotique, etc) comme Lois Perrin de l’Office de Tourisme, de l’avis général des bibliothécaires de Grenoble, la qualité des textes proposés au distributeur reste somme toute relative. Vrai ou faux procès lié aux pratiques amateurs ? L’engagement et l’honnêteté de Short édition ne sont, eux, pas remis en cause (auteurs-amateurs ou lecteurs-bénévoles du comité de lecture).

Par ailleurs, la vitalité de la communauté témoigne d’un nouveau mode de consommation de la culture basé sur l’échange avec ses pairs ou ses lecteurs (facilité par les réseaux sociaux) et la participation active à la création. On peut regretter le peu de propositions de la part de Short édition à ce sujet et imaginer de nombreux dispositifs en bibliothèque autour de cette joyeuse initiative de « lire et écrire court en communauté ». Au-delà des lectures à voix haute déjà proposées.

Animations, scénographie et marketing, médiation, le distributeur d’histoires courtes, Short édition et maintenant Short édition Jeunesse, offrent aux bibliothèques une mine de pistes pour rencontrer leurs publics. Des rencontres avec des « auteurs-amateurs », des rencontres physiques entre membres d’une même communauté, des comités de lecture ou des ateliers d’écriture autour de la forme courte (seul ou en groupe…), un petit mobilier invitant à la détente, à la sieste, au fait de prendre le temps. Mille et une pistes, preuves que l’écrit est bel et bien vivant. Le reste est une question de supports…


Pour aller plus loin

Un reportage de Public Sénat


Bibliothèques de Grenoble / Kateb Yacine
Centre Commercial Grand Place
38100 Grenoble
04 38 12 46 20

Bibliothèques de Grenoble / Centre Ville
10, rue de la République
38000 Grenoble
04 76 54 57 97

Bibliothèques de Grenoble / Saint Bruno
8, place Saint Bruno
38000 Grenoble
04 76 96 82 95

Office de tourisme de Grenoble
14, rue de la République
38000 Grenoble
04 76 42 41 41

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1, 2, 3 chiffrez ! CryptoParty à la bibliothèque de l’INSA de Rennes

 

La vie privée à l’heure d’Internet

Qui  ne s’est pas déjà inquiété de ce qu’écrivent les ados sur Facebook, de faire son premier achat en ligne, de ce que son employeur peut découvrir sur lui sur le net, du pouvoir de multinationales comme Google ou encore des révélations d’Edward Snowden sur la NSA et du sort des lanceurs d’alerte dans nos démocraties ?

Pour autant, vous n’êtes pas forcément convaincu de l’intérêt de protéger vos données personnelles sur Internet ? Pensant n’avoir rien de spécial à cacher, cela ne vous dérange pas que vos données ne soient pas protégées ? Des données que vous ne donneriez même pas à vos amis. Quelles conséquences cela pourrait-il avoir ? D’ailleurs, de qui et comment vous protéger sur Internet ?

Cette vidéo va peut-être vous faire changer d’avis :
https://www.youtube.com/watch?time_continue=3&v=_kbVBOQ0J5w
Vous avez froid dans le dos ? Alors, maintenant… vous êtes prêts !
En matière de vie privée sur Internet, les bibliothèques, notamment de lecture publique, ont un rôle à jouer dans la protection et la formation des citoyens.

Le Café vie privée de Benoît Vallauri

P1070922 (Copier)Quelques jours avant la CryptoParty, organisée par la Biblinsa (bibliothèque de l’Institut National des Sciences Appliquées) de Rennes, nous avons rencontré Benoît Vallauri, médiateur à la Médiathèque départementale d’Ille-et-Vilaine et animateur de l’anti-atelier Café vie privée. Déjà organisateur d’un précédent Café vie privée à doc@Rennes en juin 2015, Benoît nous explique le rôle des bibliothèques et sa formule pour mener à bien un tel anti-atelier. Un échange riche autour des données personnelles, de la surveillance de masse (des États par exemple) ou des données en masse recueillies par des sociétés commerciales (big data) et leur exploitation. Mais aussi sur le rôle des bibliothécaires concernant l’information et la formation des citoyens, deux des trois piliers du manifeste de l’UNESCO sur la bibliothèque publique : informer, former, distraire.

Chaque jour en effet, le bibliothécaire, en tant que citoyen et en tant que professionnel fournisseur d’accès à Internet, est confronté à la littératie numérique (ou maîtrise des outils et des enjeux liés au numérique) et aux questions de sécurité et liberté pour ses usagers. Pour Benoît, il faut donner aux gens des clés pour qu’ils soient informés et fassent leurs choix en conscience : leur rendre leur pouvoir de décision sans donner une définition (personnelle) de ce qui est privé ou non. Les Cafés vie privée se veulent des lieux d’expression de la citoyenneté : ils reposent sur la volonté d’en savoir un peu plus et ne nécessitent pas de compétences techniques très poussées ou d’aborder les sujets sensibles.

Dans un contexte politique particulier (état d’urgence, loi renseignement), nous apprenons que les bibliothèques, dans leurs modalités d’accès à Internet, outrepassent souvent ce qui est exigé dans la loi, par exemple  en demandant un nom pour un code Internet. Or collecter des données nominatives, notamment quant aux connections WIFI, doit faire l’objet d’une déclaration à la CNIL. La déclaration de l’IFLA de 2014 sur la vie privée dans le monde des bibliothèques répond aux questionnements légitimes des bibliothèques, au-delà des contextes nationaux. La CNIL encourage, elle, le chiffrement des données personnelles pour protéger les personnes et leur vie privée, afin de garantir leurs droits fondamentaux.

La méthode des Cafés vie privée de Benoît ? Offrir à côté des ateliers pratiques des CryptoParties des échanges tous publics autour de la vie numérisée. De quoi libérer la parole, quelles que soient les compétences techniques. De la bienveillance, des post-its pour faire émerger les idées et… un modérateur en forme de poil à gratter ! Associée à ces échanges, une démonstration de quelques solutions simples de protection comme les applications Orbot  et Orfox sous Android, qui permettent de surfer via le réseau Tor, DuckDuckGo, un moteur de recherche soucieux de votre vie privée, ou encore Signal, application Android et IOs (Apple) permettant de chiffrer ses SMS.

Pour démarrer votre protection personnelle, voici d’ailleurs un kit signé Thomas Fourmeux (biblioveilleur), version smartphone, et le Guide d’autodéfense numérique, tous deux cités par Benoît.

La Crypto de la Biblinsa

En 2012, Asher Wolf (journaliste australienne et défenseure des droits de la vie privée) lance la première CryptoParty pour sensibiliser le tout public à l’intérêt de protéger ses données sur Internet ou dans ses communications. Le concept des CryptoParties est né, disponible sous Creative Commons, ouvert : à chacun sa formule !

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Une crypto, c’est quoi ? Souvent composée d’ateliers, pour mettre en pratique les outils de protection des données, apprendre à installer des logiciels, utiliser un réseau d’anonymisation (TOR) ou chiffrer le contenu de ses mails (PGP) par exemple, une crypto peut aussi intégrer des conférences comme dans le cadre académique (et néanmoins indépendant) de l’INSA.

Les 15 et 17 mars 2016, la Biblinsa de Rennes organisait donc sa deuxième CryptoParty sur le campus de Beaulieu.
La CryptoParty 2016, c’était 1 conférence d’Okhin (voir plus bas), 1 repas offert, 9 ateliers en 2 sessions (à 20 h 45 et 22 h) le mardi 15 mars, et une Install Party (installation de logiciels libres sur son propre ordinateur) le jeudi 17 mars.
La CryptoParty 2015 proposait déjà 1 conférence, avec un professionnel de la cyberdéfense de la DGA (Direction Générale de l’Armement) où 70 personnes étaient présentes, et 4 ateliers forts de 60 participants.

La Crypto de la Biblinsa est portée à la fois par Damien Belvèze (responsable de la bibliothèque), Chloé Lailic (médiatrice documentaire), des forces vives de l’école, d’une part (les enseignants-chercheurs Gildas Avoine et Barbara Kordy et d’élèves et doctorants de l’école), de Pierre Laperdrix, doctorant à l’IRISA, et d’autre part des libristes rennais (le Hackerspace Breizh Entropy avec Matthieu Goessens, Actux : association qui défend et  promeut les logiciels libres, Nos oignons : association qui collecte des dons afin de faire tourner des nœuds de sortie TOR).

Damien et Chloé, bibliothécaires enthousiastes et passionnés, ont souhaité au maximum élargir l’audience, toucher à la fois les initiés et leur public naturel, étudiants, enseignants-chercheurs ou personnel de l’école, mais aussi le réseau alternatif des hackers et le grand public. Pari réussi puisque 160 personnes ont participé à la conférence et le nombre d’ateliers a été multiplié par 2. Précisons que nos bibliothécaires se sont formés au fil de l’eau, ou plutôt des tuyaux : -), et insistent sur ce point : une crypto peut être organisée par des bibliothécaires ne maîtrisant pas ces outils et montant le projet comme une action culturelle ou de médiation traditionnelle. On salue tout de même leur grande implication et les compétences développées.

Coup de projecteur sur la conférence d’Okhin

Okhin, hacker et cyberactiviste, est salarié de la Quadrature du Net et ancien membre de Télécomix. Il a notamment contribué à reconnecter l’Égypte quand le gouvernement a coupé le web en 2011 et à contourner la surveillance en Syrie (Operation Syria). Lors de la CryptoParty 2016, il a proposé ce sujet : Qu’est-ce que la cryptographie ? Non, ça ne mord pas, non, ça ne fait pas peur, non, pas besoin d’un bac +5. En voici quelques éléments marquants.

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Okhin est revenu sur des notions importantes : l’identité, l’anonymat, la vie privée, en opposition à l’espace public, la cryptographie, censée protéger la vie privée, et garantir l’anonymat. Comme la vie privée s’associe à la notion de choix, elle est reliée de fait à la notion de démocratie.

Okhin a donné une couleur évidemment politique et militante à la question des données personnelles et d’Internet. Un problème politique peut-il être résolu par des outils techniques ? Comment faire pour lutter contre la surveillance de masse ? Celle-ci assigne une identité souvent caricaturée, et peut être responsable d’une certaine discrimination comme dans le cas d’un journaliste qui se renseignerait sur Daech et serait surveillé pour cela. Okhin propose une métaphore intéressante, et compare la cryptographie à une porte blindée. Entre une porte blindée, et une porte classique, quelle porte le cambrioleur tente-t-il de forcer ? Plus il y a de portes blindées et plus le travail du cambrioleur est compliqué.

Okhin nous conseille aussi de chiffrer un maximum nos données : mails, recherches Internet, téléphone (différents logiciels disponibles) et d’utiliser le réseau TOR dans la mesure du possible – surtout si l’on n’a rien à se reprocher – pour garantir la démocratie.

Plus on chiffre (ou utilise Tor) et plus les communications de ces derniers seront indétectables dans la masse d’informations chiffrées.

En effet et pour reprendre les mots de Damien Belvèze, nous avons tous quelque chose à cacher, pas parce que cela est illégal, honteux, etc, mais simplement parce que c’est « privé ». Ensuite, parce que certains vivent plus dangereusement que d’autres (journalistes en Syrie, militants ici ou là, militants écologistes ciblés par l’État pour leur activisme). Ainsi, plus on chiffre, plus les communications de ces derniers seront indétectables dans la masse d’informations chiffrées.

La suite pour la Biblinsa ? Damien et Chloé ont tout plein d’idées. Ils souhaiteraient avoir à terme un nœud sortant TOR à l’INSA, créer une liste de diffusion pour échanger sur les enjeux de la préservation de la vie privée sur Internet, et développer des interventions de sensibilisation dans les bibliothèques publiques…

En attendant, chiffrez tout, et dormez tranquille !


Un grand merci à Rozenn Le Ruyet (bibliothécaire) pour sa contribution aux entretiens, au texte et aux images de ce billet !


Benoît Vallauri
@BVallauri sur twitter


Bibliothèque de l’INSA
20 avenue des buttes de coësmes, 35000 Rennes
02 23 23 83 55
biblio.insa-rennes.fr
@CryptoParty Rennes sur twitter


Pour aller plus loin

Vie privée et bibliothèques / Le blog de Silvère Mercier

La quadrature du net / Nuit debout

 

 

 

Les réseaux d’échanges de compétences en bibliothèque

C’est sur et par les réseaux sociaux que ce billet « boîte à outils » a germé. D’un mot posté, début septembre, par Michel Briand au groupe Facebook Bibliothèque créative est née l’envie de creuser l’expérience de la médiathèque de Languidic (Morbihan) avec la start-up rennaise Steeple.

Steeple, c’est quoi ?

Steeple
 est un réseau social créé par deux étudiants de l’ESC Rennes : Jean-Baptiste de Bel-Air et Nicolas Malœuvre (une fois sorti de l’INSA). Steeple (clocher, en anglais) propose aux membres d’une même communauté (école, entreprise, bibliothèque…) de partager un objet, un service ou une compétence sur une plateforme commune. Une sorte de combo entre un mur de petites annonces (Le Bon Coin) et un réseau social. Une fois mon compte Steeple validé, j’ai accès à une liste de propositions géolocalisées des membres de ma communauté. Je peux entrer en contact avec eux pour, par exemple, échanger des cours de yoga contre de l’aide en informatique, emprunter une perceuse à un autre étudiant du campus ou encore donner rendez-vous pour une sortie kayak.

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La particularité de Steeple tient à son modèle économique et son positionnement au sein de l’économie collaborative. Contrairement à Uber ou AirBnB (pour ne citer que des mastodontes californiens qu’on a, à tort, associés à l’économie de partage, Steeple ne taxe pas les transactions entre particuliers. Il se base sur le modèle de l’abonnement : le forfait mensuel dépend du nombre de membres de la communauté. Ses créateurs parlent d’ailleurs plus volontiers de « collaboration économique » que d’économie collaborative, comme alternative à l’économie capitaliste individuelle. Si je suis membre d’une communauté Steeple, je peux choisir la réciprocité ou non dans l’échange (service gratuit ou payant), et le gain symbolique et/ou social. C’est toute la valeur proposée par Steeple : créer du lien au sein d’une même communauté.

L’expérience de la médiathèque de Languidic

LIB a partagé avec Annie Le Guern-Porchet, directrice de la médiathèque de Languidic, son retour d’expérience tout chaud et enthousiasmant, suite au déploiement de Steeple en septembre 2015, au sein de sa structure.

À l’origine de cette convention entre Languidic et Steeple, le souhait d’expérimenter et d’avancer ensemble en fonction d’objectifs spécifiques : pour Steeple, répondre à une sollicitation publique et engagée, et de la médiathèque un testeur ; pour la médiathèque de Languidic, créer du lien autour de la question des échanges et réseaux par le biais d’un outil numérique séduisant.

Annie Le Guern-Porchet s’intéresse depuis de nombreuses années dans les réseaux d’échanges et de partages de compétences comme les RERS (Réseaux d’Échanges Réciproques de Savoirs) qu’elle a connus en région parisienne. Au fur et à mesure que sa culture personnelle de la réciprocité des savoirs s’est étoffée, son envie d’en faire bénéficier les usagers d’une médiathèque aussi. Le repérage via Twitter du tout jeune service Steeple a été le déclencheur de sa démarche pionnière à Languidic.

L’ouverture du compte Médiathèque de Languidic sur Steeple remonte à bientôt trois mois. Annie Le Guern-Porchet et la mairie ont lancé le projet en communicant activement, et en invitant Jean-Baptiste de Bel Air. Désormais, toute l’équipe de la médiathèque s’est prise au jeu. Chacune des quatre bibliothécaires promeut le service auprès des usagers. Ceux-ci sont au rendez-vous et, tous les jours, de nouveaux se lancent ou ajoutent une compétence à leur profil.

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Au sein de la communauté Médiathèque Languidic, la gratuité des services est facultative, mais ouvertement encouragée. Et les enjeux sociaux en sont d’autant plus riches : se familiariser avec un outil moderne, valoriser savoir-être et savoir-faire, créer un nouveau type de lien dans une commune rurale à la superficie très étendue et, à l’avenir, rematérialiser le service d’échange avec, en son cœur, la médiathèque. Celle-ci envisage d’ailleurs des ateliers d’échanges de savoirs sur place en complément du service Steeple, qui pourraient attirer de nouveaux publics.

À la veille de la journée professionnelle Bibliothèque et numérique : vers des espaces de création et de participation*, Annie Le Guern-Porchet évoque un cercle vertueux depuis le lancement du service. L’expérience menée avec Steeple a permis la valorisation au sein de la médiathèque et de la communauté du goût et des connaissances de chacun, professionnels et usagers. Ces derniers semblent même devenir de nouvelles sortes de « ressources documentaires », voire de « collections », à valoriser, faire dialoguer… Comme cette entrée sur le portail de la médiathèque : la Bibliothèque des savoirs tient lieu d’invitation. Et bien loin des collections immuables et sacrées, on en vient à la bibliothèque comme lieu expérientiel et indubitablement vivant.


*organisée conjointement par l’ABF Bretagne, Livre et lecture en Bretagne, la Médiathèque d’Ille-et-Vilaine, la médiathèque du Morbihan, la Bibliothèque de Rennes Métropole, la Bibliothèque départementale du Finistère et le CFCB Bretagne – Pays de la Loire / Université Rennes 2 , le 26 novembre 2015 à la Maison des associations, 6 Cours des Alliés, 35000 Rennes.


Les RERS

Le SEL

L’économie collaborative


Médiathèque de Languidic
Espace des médias et des arts
12 ter, rue Jean Moulin
56440 Languidic
02 97 65 19 18