L’avenir en communs selon Silvère Mercier


Silvère Mercier est un homme ressource. Bibliothécaire en charge des
médiations numériques et innovations de la BPI, vice-président de l’ABF Île-de-France, membre du comité permanent Management et Marketing de l’IFLA (International federation of library associations), il œuvre pour l’innovation dans l’institution bibliothèque. À titre d’exemple, on peut citer Troc2postes, lancé par l’ABF Île-de-France en décembre 2016, et testé en PACA, en Alsace et en Bretagne : un concept qui avait déjà germé en juin 2014 lors d’un biblioremix rennais, où une des équipes présentes avait imaginé Troc de bib. Allez l’ABF Bretagne !      

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Mais on ne présente plus le Silvère Mercier veilleur et pédagogue. Écrit à titre personnel, son blog bibliobssession.net est l’un des plus suivis de la bibliosphère, réputé pour ses choix de contenus pointus et sa diffusion rigoureuse, notamment sur les réseaux sociaux. Cet engagement individuel s’accompagne d’un engagement collectif au sein de l’association SavoirsCom1 dont la fleur de pissenlit dissémine et enrichit la réflexion sur les communs de la connaissance.

Loin des clichés et des corporatismes, Silvère Mercier, bibliothécaire engagé pour le développement des médiations numériques et des biens communs de la connaissance, a bien voulu répondre et illustrer notre question du jour : comment articuler l’émergence de la libre circulation du savoir avec les enjeux économiques des bibliothèques ?

Culture pirate et institution, collections et médiation, innovation technologique et humain, droit d’auteur et communs, engagement professionnel et neutralité des fonctionnaires… Silvère Mercier s’exprime sans esquive et propose, en filigranes, sa définition de la bibliothèque : engagée, ouverte, progressiste, solidaire de tous les acteurs, utile à ses usagers et reconnaissante envers ses professionnels. Qu’il en soit chaudement remercié.

Culture du libre, culture pirate et biens culturels : quelle place trouver pour les bibliothèques ?

Traditionnellement liées à la culture web, les valeurs de l’internet libre (code ouvert et réutilisable par tous) convergent avec les valeurs de diffusion du savoir des bibliothèques.

Comme l’explique Silvère Mercier, s’ils « ne sont pas le cœur de leur activité », les ateliers pour « créer ou promouvoir » la culture maker fleurissent en bibliothèque. Arduino, makey-makey, raspery ou bricolage technique ouvert témoignent d’un « foisonnement de la culture maker » tout en promouvant un « nouveau mode de médiation ». Il cite encore les ateliers openstreet map ou plus généralement – mais tout aussi important – les ateliers de formation à l’informatique.

Autre exemple de cohabitation heureuse entre cultures du net et bibliothèques, la culture pirate apparue dans le monde des bibliothèques avec les espaces de gratuité,  les bibliothèques éphémères et citoyennes (cf. BiblioDebout lors du mouvement Nuit debout) ou encore les Pirat Box légalement hackées en Bibliobox grâce à des contenus culturels du domaine public. C’est ce que Silvère Mercier évoquait joyeusement dès 2012 sur son blog avec les exemples de la bibliothèque d’Aulnay-sous-Bois et de celle de Lézoux.  En institutionnalisant subtilement la culture pirate, la bibliothèque rend ses lettres de noblesse au militantisme et à la dissidence.

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Cela étant, le terme « culture pirate » revêt souvent le sens de vol aux yeux des industries culturelles et des pouvoirs publics. Sa répression, promue par HADOPI, a pu la rendre impopulaire en France.

Silvère Mercier a, lui, deux définitions de la piraterie : celle de la contrefaçon, avec une recherche de profits, et celle des échanges non marchands entre individus, sans recherche de profits. La très grande diffusion d’œuvres de pair à pair est un fait – difficile de revenir en arrière – et une très large diffusion de contenus culturels (audiovisuels notamment, l’édition numérique s’étant, elle, souvent dotée de DRM très controversés) reste pour lui une très bonne nouvelle pour les bibliothèques. Il « n’existe pas d’opposition entre culture marchande et culture non marchande » considère Silvère Mercier. La bibliothèque serait-elle donc le lieu de convergence des intérêts : ceux de la création et des acteurs économiques de la culture ?

WebOn l’aura compris, dans le contexte de « l’économie de l’abondance mais de la rareté de l’attention », la médiation de collections de toute nature évolue. Promouvoir seulement les collections à l’heure où « l’accès au contenu vient au second plan » peut paraître être une offre de services limitée au lieu de rendre de la visibilité et d’offrir de la « diffusion [aux] contenus qualitatifs ». Cela offre aux bibliothèques l’opportunité de déplacer la médiation d’un « bouquet de contenus à la mise en avant de certains contenus ». « Les collections doivent laisser la place à la personne » : pour le bibliothécaire, être tout à la fois l’énonciateur dans lequel l’usager a confiance (atout de l’institution), mais aussi individualiser le conseil, « même de collections externalisées ». L’enjeu est la « recommandation », notion clé du service en ligne Eurêkoi que pilote Silvère Mercier à la Bibliothèque Publique d’Information. À l’occasion du Salon du Livre de Paris 2017 (concurrencé par le salon du Libre #LibreParis !), Eurêkoi lance un nouveau service de conseil.  Les internautes peuvent indiquer simplement leurs préférences en termes de films, de séries, de lectures (livres, albums pour enfants, bandes dessinées..), sur le site ou l’application mobile et les bibliothécaires en réseau (plus de 500 en France et en Belgique) proposent en moins de 72 h des listes faite sur-mesure.

Vers les communs de la connaissance ?

Alternative à la sempiternelle opposition entre privé et public, les communs « déplacent la frontière » entre le monde marchand et le monde non marchand. Ce concept a fait son apparition auprès d’un relatif grand public en 2009 lorsque l’Américaine Elinor Ostrom a reçu le Nobel d’économie pour son travail sur la théorie de l’action collective et la gestion des biens communs et des biens publics (matériels ou immatériels).

Envisager des ressources partageables et des systèmes partagés de ces ressources utiles à tous est une révolution qui se mesure aussi dans les domaines de la connaissance.

logoSelon Silvère Mercier, ici porte-parole du collectif SavoirsCom1, les communs de la connaissance sont une entité à part, un bien « ni public ni privé, ni un service public ni une entreprise privée (…) une somme de contenus qui ne sont pas appropriables ». Il s’agit de trouver « le point d’équilibre [entre les intérêts autour de la diffusion du savoir], d’une ressource liée à la connaissance, gérée par une communauté et régie par des règles de gouvernance » pour la diffuser au plus grand nombre. Une vision « communautaire » de la société sous-tend cette démarche et Wikipedia ou le logiciel libre en sont des actions émergentes et connues. Ces exemples sont intéressants, car ils mettent à l’œuvre la mythologie liée aux communs sans les illustrer complètement. Pour Silvère Mercier, « les communs, ce n’est pas le monde des Bisounours ». C’est un modèle qui peut être « ouvert à tous », mais pas forcément, en organisation horizontale entre ses acteurs, mais pas forcément, à but non lucratif, mais pas forcément.

A priori, le modèle « ouvert et collaboratif » s’oppose au modèle « exclusif et cadenassé » des biens de la connaissance. Défendre les communs de la connaissance, c’est repositionner les bibliothèques en tant que service public, déplacer la frontière du marchand/non marchand afin de « ne pas se transformer [pour les bibliothèques] en service après-vente de solutions techniques payantes ». Retrouver une chaîne économique vertueuse, à l’image des Creative commons, compatibles avec la commercialisation. Citées en exemples par Silvère Mercier, la publication papier aux éditions L’Âge d’Homme du récent ouvrage de Thierry Crouzet, Le geste qui sauve, une initiation à l’économie de paix et la cohabitation possible d’une licence Creative Commons.

Droit d’auteur ou communs de la connaissance ? Les deux !

En introduction de son intervention De la terre au savoir, construire l’espace des communs, le 28 septembre dernier aux Champs Libres, à Rennes, Hervé Le Crosnier proposait ses livres à la consultation et également disponibles à la vente au motif suivant : « Si la culture n’est pas marchande, c’est soit une culture d’État soit une culture où les artistes crèvent de faim ou dépendent de mécènes. ». Distinguons le processus de création de la connaissance de l’accès à la connaissance, commun pour lequel le rôle des bibliothèques est prépondérant.

« Il n’y a pas de battle », répond d’emblée Silvère Mercier au sujet initial, un brin provocateur, que nous avions imaginé pour ce billet : les communs de la connaissance VS le droit d’auteur. Voilà qui devrait mettre tout le monde d’accord en bibliothèque : une bibliothèque qui participe à l’aide à la création, soutien au tissu économique local, mais aussi dans ses missions sensibilisée à l’émancipation des citoyens pour l’accès à l’information.

On peut citer la récente Étude d’impact des Bibliothèques du Val d’Oise, « La bibliothèque vaut-elle le coût ? » qui rejoint l’idée d’une « chaîne vertueuse » défendue par Silvère Mercier. En revalorisant l’engagement que représentent les investissements réalisés par les pouvoirs publics auprès des acteurs des industries culturelles, il s’agit de confirmer le rôle majeur des bibliothèques dans l’économie de la culture auprès de ces acteurs et des tutelles. Faire valoir ce positionnement économique peut inciter à faire entendre l’intérêt des institutions à défendre les communs de la connaissance. Permettre de « trouver un point d’équilibre entre le droit de l’usager et le droit d’auteur. » grâce au législateur.

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Réfléchir aux communs de la connaissance, c’est donc aussi engager ses professionnels pour défendre un certain « point d’équilibre entre le droit à la création (et sa défense) et le droit de l’usager ». C’est redéfinir la rétribution pour la création et sa diffusion. SavoirsCom1 après La Quadrature du Net  préconise une « contribution créative », de socialiser le financement de la création, notamment par un prélèvement auprès des Fournisseurs d’Accès à Internet (FAI) via une société de gestion (comme la SOFIA, la SACEM…) gérée transparente et collaborativement et avec une répartition qui privilégie la jeune création. Et c’est là que le sens « politique » et législatif de l’action de SavoirsCom1 prend tout son sens.

Au delà de cette « contribution créative », Silvère Mercier évoque le droit légitime à la protection, économique notamment, contre une certaine précarité et avance, pour les auteurs, des solutions inspirées du revenu universel ou du statut des intermittents. La balle est dans le camp des législateurs. Légiférer pour trouver une juste rétribution pour les auteurs et en définir les critères, car « pendant ce temps-là » (celui où nous discutons), les « projets privés émergent et selon des critères de rétribution de la création opaques » , comme ceux de YouTube. Mais des projets plus modestes et équitables émergent aussi. Des modes de répartition comme libera pay, dédiés à la création, ou tipee soutiennent le crowdfounding en soutien à la création et à sa diffusion.

Les enjeux de la diffusion de la connaissance sont un avenir déterminant pour le service public culturel entre tradition et innovation.


Pour aller plus loin

Économie du bien commun, Jean Tirole, PUF, mai 2016.

Le temps des communs, festival francophone

Communs de la connaissance scientifique (cf. Pasteur, Elsevier) bibliothèques numériques pirates 

Que sont les enclosures, Open Access / Open Edition ? Le Datagueule « Privés de savoir »

Wikipedia : 1Lib1Ref

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Le Tempo, Vezin-le-Coquet : comme à la maison !

dsc_0844Il y a tout juste 1 an, le 5 octobre 2015, Le Tempo ouvrait ses portes à Vezin-le-Coquet après 18 mois de travaux*. Ce centre d’activités socioculturelles abrite la nouvelle médiathèque : un tiers-lieu résolument cosy, grand ouvert sur son temps et sur le monde. Nous avons profité d’une visite organisée par doc@rennes au printemps dernier pour retracer avec Corinne Debel-Regereau, sa responsable, bibliothécaire chineuse, la belle histoire du lieu. Une histoire que Corinne connaît comme sa poche – puisque cela fait plus de 20 ans qu’elle contribue à l’écrire – et une histoire qui n’a pas dit son dernier mot !

Vive les espaces modulables !

À l’emplacement de l’ancien fournil et à proximité de l’ancienne médiathèque et du groupe scolaire Éric Tabarly, Le Tempo est un centre d’activités socioculturelles aux multiples ressources. Outre la médiathèque, il abrite une salle de conférences, projections et spectacles de 90 places, des salles de formation (dont une avec cuisine) ouvertes aux associations et réservables à toute heure sur demande, un espace dédié à l’information jeunesse et l’orientation scolaire et l’accueil de la mission locale pour l’emploi. Sa superficie est de 900 m2.

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La médiathèque compte actuellement 2300 inscrits, un nombre qui devrait augmenter encore d’ici quelques années. Ouverte 31 h par semaine, elle occupe 2 niveaux : l’ensemble du rez-de-chaussée, accessible depuis la place Fernand Bons, accueille les livres adultes et jeunesse et une partie du premier étage, en rez-de-jardin, accessible depuis le parvis des écoles, propose le multimédia, l’audiovisuel et la presse. Un large toit-terrasse recouvre l’ensemble du bâtiment. Il peut recevoir 200 personnes pour des spectacles extérieurs et pourrait permettre à terme l’agrandissement du bâtiment.

La création du Tempo, inauguré en novembre 2015, tient au développement démographique de la commune, notamment via le nouveau quartier des Champs bleus. De 3800 habitants en 2010, Vezin est passée à 5000 en 2016 et devrait atteindre les 7000 d’ici 10 ans.

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Avec ses gros hublots-alcôves, ses 60 places assises (contre 20 auparavant), sa cabine de visionnage, ses terrasses, ses mobiliers et objets chinés par Corinne, Le Tempo est avant tout un lieu de vie, ouvert et hospitalier. Situé en cœur de ville, à la croisée des chemins du quotidien, entre école, commerces, mairie… il est autant pensé pour les visites improvisées que programmées. Comme le rappellent ses architectes de l’Atelier du Canal, « sa conception architecturale est le fruit d’une démarche d’échanges itératifs entre la maîtrise d’ouvrage, les utilisateurs et la maîtrise d’œuvre ». En témoignent ses bornes d’accueil façon brocante, son style industriel et ses cloisons typographiques.

L’âge du faire

Corinne et son équipe ont rêvé d’une bib « comme à la maison » ! Ils ne voulaient surtout pas de « quelque chose de clinquant, où les gens n’osent pas venir ». Sur les deux plateaux décloisonnés, les usagers disposent d’espaces et d’ambiances variés : du Comptoir avec presse, café à volonté et possibilité de pique-nique à la salle de travail fermée (L’Atelier), Le Tempo répond à tous les usages, individuels et collectifs. Il a récemment proposé un concert gratuit de musique irlandaise (Moon Coin) pendant lequel l’asso partenaire Goûts et saveurs vezinois tenait une buvette avec vente de bières irlandaises.

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Au-delà de la simple convivialité, Le Tempo a une véritable vocation sociale : seul lieu à Vezin mettant des ordinateurs et du WiFi gratuit à disposition du public, il propose également aux chômeurs de l’accompagnement individualisé à la recherche d’emploi, de l’aide à la rédaction de CV ou de courriers. Pour les allophones, Mathieu, responsable de l’audiovisuel, propose un accompagnement FLE (Français Langue Étrangère).

Circulez, y a tout à voir !

Au Tempo, la circulation est intuitive d’un espace à l’autre, favorisée notamment par le mobilier modulaire. Côté collections, c’est la lisibilité et la vivacité de l’offre qui sont recherchées. Au rayon audiovisuel (20 000 documents maximum), on n’use plus que du facing. Pas question de classification rigide ou de réserve oubliée et poussiéreuse. N’en déplaise à Dewey, ici comme à la Bibliothèque Louise Michel à Paris, la nomenclature procède par grandes thématiques.

Mandana, responsable du secteur Adultes et BD, est une ancienne libraire et tient à ce que les livres vivent. Elle a imaginé une réserve « active », en hauteur, et des rayons dédiés : au voyage, aux policiers et à la SF, aux 13-15 ans (et leurs coups2coeurs), aux poches (disposés sur un meuble en carton)… On trouve aussi des pépites dans ce « bazar bizarre » : « des livres qu’on a envie d’acheter, mais qu’on ne sait pas où caser » !

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Au Tempo, numérique rime avec poétique. Le 1 % artistique a été consacré à l’espace informatique. Le mobilier Au bord, qui accueille 6 postes adaptés aux personnes à mobilité réduite, est l’œuvre d’Antoine Minguy et Bénédicte Rousset de l’Atelier Kloum, à Quimper. Son plateau au dégradé bleu évoque la mer. Ses alcôves de bois et de laine sont comme des rochers sur la plage et jouent des frontières poreuses entre intimité et espaces partagés, à l’image de l’internaute surfant sur la Toile. Si vous levez les yeux, vous décrocherez… une « lune captive ». Blanche vue de l’intérieur, rousse vue de l’extérieur… pour peu que vous mettiez en jeu la pastille orange que les designers ont collée sur le vitrage. Une œuvre interactive en somme.

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Prendre le temps d’apprendre

Prolongement de sa vocation sociale, Le Tempo a en orientation phare la formation. Pour animer les multiples actions qu’elle mène, et qui complètent les ressources d’autoformation, l’équipe de la médiathèque (5,4 équivalents temps plein) est épaulée par 15 bénévoles et personnes-ressources qui viennent partager leurs savoirs avec tous les publics. Les renforts ne sont jamais de trop pour offrir de l’accompagnement individualisé. Mohamed donne des cours d’arabe, Liz des cours d’anglais. Des ateliers d’informatique, d’écriture, de lecture à voix haute et de tricot-crochet sont également proposés.

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Cette rentrée, Le Tempo lance le projet Apprendre autrement afin, notamment, de répondre aux besoins spécifiques des enfants présentant des difficultés d’apprentissage (dyslexie, dyscalculie, dysorthographie…) et d’accompagner leurs parents en lien avec les enseignants. De plus en plus nombreux, ces enfants, auxquels le système général ne parvient pas à s’adapter, se trouvent trop souvent en difficulté. Très sensible au sujet, l’équipe de la médiathèque a d’ailleurs souhaité une signalétique en typographie Open dyslexie. Au vu du succès remporté par le préprojet Lire autrement qu’Harold, stagiaire issu de la licence pro Gestion et médiation de ressources documentaires de l’université Rennes 2, avait lancé (un simple rayonnage de livres et documents adaptés aux dys’ ou traitant du sujet), Corinne lui a proposé de transformer ce projet en une démarche plus vaste. Apprendre autrement passe par la mise à disposition d’outils et de méthodes d’apprentissage alternatifs. Des ouvrages, des applis, mais aussi des conférences et des ateliers comme ceux animés par la coach scolaire Kristin Leroy. Le 14 octobre, celle-ci proposera une conférence « Éviter la crise de nerfs à l’heure des devoirs » suivie d’un atelier parents-enfants découverte du mind-mapping. Cet outil pédagogique pouvant aider à visualiser et mémoriser fera l’objet d’un second atelier le 22 octobre. Deux bonnes occasions d’apprendre à apprendre en famille et… autrement, et de souhaiter au Tempo un heur…istique anniversaire !


* mis en dessins sur des carnets en accordéon par la chroni-croqueuse des Petits Riens Bénédicte Klène


Le Tempo – Médiathèque municipale
Contour de l’Église
35132 Vezin-le-Coquet
02 99 78 71 04
mediatheque@ville-vezinlecoquet.fr
mediatheque.vezinlecoquet.fr

Short édition et les bibliothèques de Grenoble

Le temps du court

Alors que la ville de Grenoble a annoncé la fermeture de 3 de ses 12 bibliothèques de quartier en 2017 dans le cadre d’un plan d’austérité, nous saisissons l’occasion de rappeler, grâce à l’exemple des bibliothèques de Grenoble, le lien particulier que les bibliothèques tissent patiemment avec leurs usagers. Rappeler également que ces lieux culturels sont aussi un soutien à la création artistique, à l’innovation et à l’économie d’un territoire.

Pour preuve, le dispositif mis en place par la mairie de Grenoble, de 8 « distributeurs d’histoires courtes », service créé et commercialisé par Short édition. Les distributeurs sont installés dans les services municipaux tels que l’hôtel de ville, l’office du tourisme, les maisons des habitants et 3 bibliothèques. Ils offrent aux usagers des services publics de la ville un temps court de lecture en attendant ce pour quoi ils se sont déplacés. Détourner les codes de la consommation de distributeurs ou du jetable pour un moment d’évasion gratuite, une invitation à la lecture et à la création littéraire populaire et sans contrainte, voilà le pari de Short Édition et de la ville de Grenoble.

Prendre le temps, même un peu

1 minute, 3 minutes, 5 minutes, sont les 3 propositions faites aux utilisateurs des distributeurs d’histoires courtes. Le temps est le seul critère de sélection. Depuis la borne, on choisit l’une des trois durées et une histoire plus ou moins longue sort imprimée sur un ticket. Que l’on jette, que l’on garde, que l’on collectionne.

Les bibliothèques du centre ville, Kateb Yacine et Saint-Bruno testent ces nouvelles machines depuis un peu moins d’un an et une chose est certaine, celles-ci ne laissent pas les bibliothécaires indifférents. Les bibliothèques ne sont pas à l’origine de l’implantation des bornes, décidée par la mairie, mais les ont accueillies après une certaine réflexion.

Où les placer ? Dans des lieux de loisirs comme dans l’espace café de la bibliothèque Kateb Yacine s’est révélé être un franc succès. Au même étage que les deux banques de prêt et le poste des inscriptions, l’effet escompté pour faciliter l’attente aux moments d’affluence est visible.

Les distributeurs sont attractifs, mais posent tout de même question aux bibliothécaires. Pourquoi ne pas pouvoir promouvoir le format court des nouvelles imprimées ? À l’heure de l’économie de l’attention, faut-il forcément jouer le jeu du « temps de cerveau disponible » ? Notons aussi que le choix des textes proposés par les distributeurs est fait par un comité de lecteurs et ne passe plus par le truchement des bibliothécaires et de leurs stratégies  d’acquisition.

Cela étant, la formule fait mouche et les bibliothèques reconnaissent la vraie bonne idée. En autonomie et « sans demander rien à personne », à la bibliothèque Saint-Bruno, le lecteur appuie à sa guise. Et il semble que tous les usagers s’y intéressent, quel que soit leur âge ou la fréquence de leurs visites. La découverte en mode aléatoire séduit les lecteurs et fait apparaître la volonté de l’éditeur de valoriser tous les genres. Fantastique, poésie, polar, etc. « tous les genres » sont représentés.

Les retours des lecteurs sont globalement très positifs dans les bibliothèques de Grenoble. A l’Office de Tourisme, on y voit même des habitués dont cette dame italienne qui vit à Grenoble et aime venir tous les jours où presque pour imprimer sa petite histoire. L’intérêt semble a contrario moins franc dans le hall de l’hôtel de ville de Grenoble où pourtant, l’attente pour des demandes administratives peut être assez longue. Suivant la nature de l’attente et le lieu, l’acte de lecture est plus ou moins naturel. Dans les bibliothèques, il y a comme une forme d’évidence.

Rematérialiser le numérique : l’idée n’est pas neuve et plusieurs diffuseurs de musique notamment en ont fait l’expérience. De l’avis de tous, le distributeurs d’histoires courtes est joli, au bon format et le ticket distribué élégant. Dans les bibliothèques, le distributeur fonctionne tout seul. Le signe discret de ce succès (difficilement quantifiable) est que les lecteurs viennent se plaindre quand il n’y a plus de papier dans la machine et qu’il faut changer le rouleau !

Short édition, éditeur « communautaire d’histoires courtes »

Le distributeur d’histoires courtes a été créé et lancé en 2015 par la start-up grenobloise et familiale, Short édition. Sa visibilité s’est récemment accrue grâce à une présence remarquée au salon Livre Paris et à l’intérêt porté par Francis Ford Coppola himself au projet. Depuis avril dernier, une borne se trouve dans le restaurant de San Fransisco du réalisateur, histoire incroyable narrée ici en images. Un concept bien trouvé, une bonne com’ et une dose non négligeable de story telling, l’entreprise a des atouts certains.

https://www.youtube.com/watch?v=G0Vf30w2yZg&feature=youtu.be

OKles 4 co-fondateurs

Jeudi 16 juillet 2015 Equipe de Short Edition, Cèmoi Photo : © Thierry CHENU thierry.chenu@grenoblecommunication.fr +336 84 52 10 99 – http://www.grenoble.fr Droits réservés : Ville de Grenoble © 2015

En 2011, désireux de mettre à profit les petits moments de creux du quotidien, Isabelle Pleplé, son frère et son fils, Christophe Sibieude, Quentin Pleplé. (rapidement rejoints par Sylvia Tempesta décident de lancer une maison d’édition numérique multi supports. Ils créent une plateforme (site Internet responsive), un distributeur (borne) et une édition papier périodique (4 fois par an) destinées à valoriser l’écriture et la lecture. À la différence du distributeur, le site offre du court « multisupports », du texte, mais aussi du dessin (BD) et du son (podcasts de textes lus).

Short édition peut-elle révolutionner l’édition papier traditionnelle ? Rétribution des auteurs et gratuité, qualité des œuvres proposées… les atouts mis en avant par l’entreprise représentent à tout le moins les questions liées aux évolutions des marchés et des pratiques culturelles.

Short édition affiche pas moins de 10 500 « auteurs-amateurs » publiés, un comité éditorial de 150 internautes et une communauté de 170 000 lecteurs abonnés. Les 100 à 130 œuvres proposées par jour sur le site Internet font l’objet d’une sélection a posteriori (en vue des prix, de la publication sur papier, de la présence ou non dans le distributeur d’histoires courtes…).

Tous auteurs ? Oui, c’est le credo de l’éditeur. Seulement, si ce dernier n’est pas un professionnel, la rétribution de ceux-ci serait de 10 à 40 % des recettes d’exploitation de location des bornes, le site ne générant aucune recette propre.

Mais au vu de la vitalité et de la qualité de l’animation de communautés proposée par Short Édition (prix, comités de lecture, lecteurs bénévoles impliqués…), de la démocratisation des pratiques artistiques, de la popularité des nouveaux canaux de diffusion et de l’omniprésence des supports nomades du numérique (smartphones, tablettes), pas de doute, le succès de cette start up semble assuré.

Et pour demain ? On reprendra du court, et un peu plus encore.

Même si de nombreux lecteurs ont apprécié la diversité des genres proposés (fantastique, aventure, policier, érotique, etc) comme Lois Perrin de l’Office de Tourisme, de l’avis général des bibliothécaires de Grenoble, la qualité des textes proposés au distributeur reste somme toute relative. Vrai ou faux procès lié aux pratiques amateurs ? L’engagement et l’honnêteté de Short édition ne sont, eux, pas remis en cause (auteurs-amateurs ou lecteurs-bénévoles du comité de lecture).

Par ailleurs, la vitalité de la communauté témoigne d’un nouveau mode de consommation de la culture basé sur l’échange avec ses pairs ou ses lecteurs (facilité par les réseaux sociaux) et la participation active à la création. On peut regretter le peu de propositions de la part de Short édition à ce sujet et imaginer de nombreux dispositifs en bibliothèque autour de cette joyeuse initiative de « lire et écrire court en communauté ». Au-delà des lectures à voix haute déjà proposées.

Animations, scénographie et marketing, médiation, le distributeur d’histoires courtes, Short édition et maintenant Short édition Jeunesse, offrent aux bibliothèques une mine de pistes pour rencontrer leurs publics. Des rencontres avec des « auteurs-amateurs », des rencontres physiques entre membres d’une même communauté, des comités de lecture ou des ateliers d’écriture autour de la forme courte (seul ou en groupe…), un petit mobilier invitant à la détente, à la sieste, au fait de prendre le temps. Mille et une pistes, preuves que l’écrit est bel et bien vivant. Le reste est une question de supports…


Pour aller plus loin

Un reportage de Public Sénat


Bibliothèques de Grenoble / Kateb Yacine
Centre Commercial Grand Place
38100 Grenoble
04 38 12 46 20

Bibliothèques de Grenoble / Centre Ville
10, rue de la République
38000 Grenoble
04 76 54 57 97

Bibliothèques de Grenoble / Saint Bruno
8, place Saint Bruno
38000 Grenoble
04 76 96 82 95

Office de tourisme de Grenoble
14, rue de la République
38000 Grenoble
04 76 42 41 41

1, 2, 3 chiffrez ! CryptoParty à la bibliothèque de l’INSA de Rennes

 

La vie privée à l’heure d’Internet

Qui  ne s’est pas déjà inquiété de ce qu’écrivent les ados sur Facebook, de faire son premier achat en ligne, de ce que son employeur peut découvrir sur lui sur le net, du pouvoir de multinationales comme Google ou encore des révélations d’Edward Snowden sur la NSA et du sort des lanceurs d’alerte dans nos démocraties ?

Pour autant, vous n’êtes pas forcément convaincu de l’intérêt de protéger vos données personnelles sur Internet ? Pensant n’avoir rien de spécial à cacher, cela ne vous dérange pas que vos données ne soient pas protégées ? Des données que vous ne donneriez même pas à vos amis. Quelles conséquences cela pourrait-il avoir ? D’ailleurs, de qui et comment vous protéger sur Internet ?

Cette vidéo va peut-être vous faire changer d’avis :
https://www.youtube.com/watch?time_continue=3&v=_kbVBOQ0J5w
Vous avez froid dans le dos ? Alors, maintenant… vous êtes prêts !
En matière de vie privée sur Internet, les bibliothèques, notamment de lecture publique, ont un rôle à jouer dans la protection et la formation des citoyens.

Le Café vie privée de Benoît Vallauri

P1070922 (Copier)Quelques jours avant la CryptoParty, organisée par la Biblinsa (bibliothèque de l’Institut National des Sciences Appliquées) de Rennes, nous avons rencontré Benoît Vallauri, médiateur à la Médiathèque départementale d’Ille-et-Vilaine et animateur de l’anti-atelier Café vie privée. Déjà organisateur d’un précédent Café vie privée à doc@Rennes en juin 2015, Benoît nous explique le rôle des bibliothèques et sa formule pour mener à bien un tel anti-atelier. Un échange riche autour des données personnelles, de la surveillance de masse (des États par exemple) ou des données en masse recueillies par des sociétés commerciales (big data) et leur exploitation. Mais aussi sur le rôle des bibliothécaires concernant l’information et la formation des citoyens, deux des trois piliers du manifeste de l’UNESCO sur la bibliothèque publique : informer, former, distraire.

Chaque jour en effet, le bibliothécaire, en tant que citoyen et en tant que professionnel fournisseur d’accès à Internet, est confronté à la littératie numérique (ou maîtrise des outils et des enjeux liés au numérique) et aux questions de sécurité et liberté pour ses usagers. Pour Benoît, il faut donner aux gens des clés pour qu’ils soient informés et fassent leurs choix en conscience : leur rendre leur pouvoir de décision sans donner une définition (personnelle) de ce qui est privé ou non. Les Cafés vie privée se veulent des lieux d’expression de la citoyenneté : ils reposent sur la volonté d’en savoir un peu plus et ne nécessitent pas de compétences techniques très poussées ou d’aborder les sujets sensibles.

Dans un contexte politique particulier (état d’urgence, loi renseignement), nous apprenons que les bibliothèques, dans leurs modalités d’accès à Internet, outrepassent souvent ce qui est exigé dans la loi, par exemple  en demandant un nom pour un code Internet. Or collecter des données nominatives, notamment quant aux connections WIFI, doit faire l’objet d’une déclaration à la CNIL. La déclaration de l’IFLA de 2014 sur la vie privée dans le monde des bibliothèques répond aux questionnements légitimes des bibliothèques, au-delà des contextes nationaux. La CNIL encourage, elle, le chiffrement des données personnelles pour protéger les personnes et leur vie privée, afin de garantir leurs droits fondamentaux.

La méthode des Cafés vie privée de Benoît ? Offrir à côté des ateliers pratiques des CryptoParties des échanges tous publics autour de la vie numérisée. De quoi libérer la parole, quelles que soient les compétences techniques. De la bienveillance, des post-its pour faire émerger les idées et… un modérateur en forme de poil à gratter ! Associée à ces échanges, une démonstration de quelques solutions simples de protection comme les applications Orbot  et Orfox sous Android, qui permettent de surfer via le réseau Tor, DuckDuckGo, un moteur de recherche soucieux de votre vie privée, ou encore Signal, application Android et IOs (Apple) permettant de chiffrer ses SMS.

Pour démarrer votre protection personnelle, voici d’ailleurs un kit signé Thomas Fourmeux (biblioveilleur), version smartphone, et le Guide d’autodéfense numérique, tous deux cités par Benoît.

La Crypto de la Biblinsa

En 2012, Asher Wolf (journaliste australienne et défenseure des droits de la vie privée) lance la première CryptoParty pour sensibiliser le tout public à l’intérêt de protéger ses données sur Internet ou dans ses communications. Le concept des CryptoParties est né, disponible sous Creative Commons, ouvert : à chacun sa formule !

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Une crypto, c’est quoi ? Souvent composée d’ateliers, pour mettre en pratique les outils de protection des données, apprendre à installer des logiciels, utiliser un réseau d’anonymisation (TOR) ou chiffrer le contenu de ses mails (PGP) par exemple, une crypto peut aussi intégrer des conférences comme dans le cadre académique (et néanmoins indépendant) de l’INSA.

Les 15 et 17 mars 2016, la Biblinsa de Rennes organisait donc sa deuxième CryptoParty sur le campus de Beaulieu.
La CryptoParty 2016, c’était 1 conférence d’Okhin (voir plus bas), 1 repas offert, 9 ateliers en 2 sessions (à 20 h 45 et 22 h) le mardi 15 mars, et une Install Party (installation de logiciels libres sur son propre ordinateur) le jeudi 17 mars.
La CryptoParty 2015 proposait déjà 1 conférence, avec un professionnel de la cyberdéfense de la DGA (Direction Générale de l’Armement) où 70 personnes étaient présentes, et 4 ateliers forts de 60 participants.

La Crypto de la Biblinsa est portée à la fois par Damien Belvèze (responsable de la bibliothèque), Chloé Lailic (médiatrice documentaire), des forces vives de l’école, d’une part (les enseignants-chercheurs Gildas Avoine et Barbara Kordy et d’élèves et doctorants de l’école), de Pierre Laperdrix, doctorant à l’IRISA, et d’autre part des libristes rennais (le Hackerspace Breizh Entropy avec Matthieu Goessens, Actux : association qui défend et  promeut les logiciels libres, Nos oignons : association qui collecte des dons afin de faire tourner des nœuds de sortie TOR).

Damien et Chloé, bibliothécaires enthousiastes et passionnés, ont souhaité au maximum élargir l’audience, toucher à la fois les initiés et leur public naturel, étudiants, enseignants-chercheurs ou personnel de l’école, mais aussi le réseau alternatif des hackers et le grand public. Pari réussi puisque 160 personnes ont participé à la conférence et le nombre d’ateliers a été multiplié par 2. Précisons que nos bibliothécaires se sont formés au fil de l’eau, ou plutôt des tuyaux : -), et insistent sur ce point : une crypto peut être organisée par des bibliothécaires ne maîtrisant pas ces outils et montant le projet comme une action culturelle ou de médiation traditionnelle. On salue tout de même leur grande implication et les compétences développées.

Coup de projecteur sur la conférence d’Okhin

Okhin, hacker et cyberactiviste, est salarié de la Quadrature du Net et ancien membre de Télécomix. Il a notamment contribué à reconnecter l’Égypte quand le gouvernement a coupé le web en 2011 et à contourner la surveillance en Syrie (Operation Syria). Lors de la CryptoParty 2016, il a proposé ce sujet : Qu’est-ce que la cryptographie ? Non, ça ne mord pas, non, ça ne fait pas peur, non, pas besoin d’un bac +5. En voici quelques éléments marquants.

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Okhin est revenu sur des notions importantes : l’identité, l’anonymat, la vie privée, en opposition à l’espace public, la cryptographie, censée protéger la vie privée, et garantir l’anonymat. Comme la vie privée s’associe à la notion de choix, elle est reliée de fait à la notion de démocratie.

Okhin a donné une couleur évidemment politique et militante à la question des données personnelles et d’Internet. Un problème politique peut-il être résolu par des outils techniques ? Comment faire pour lutter contre la surveillance de masse ? Celle-ci assigne une identité souvent caricaturée, et peut être responsable d’une certaine discrimination comme dans le cas d’un journaliste qui se renseignerait sur Daech et serait surveillé pour cela. Okhin propose une métaphore intéressante, et compare la cryptographie à une porte blindée. Entre une porte blindée, et une porte classique, quelle porte le cambrioleur tente-t-il de forcer ? Plus il y a de portes blindées et plus le travail du cambrioleur est compliqué.

Okhin nous conseille aussi de chiffrer un maximum nos données : mails, recherches Internet, téléphone (différents logiciels disponibles) et d’utiliser le réseau TOR dans la mesure du possible – surtout si l’on n’a rien à se reprocher – pour garantir la démocratie.

Plus on chiffre (ou utilise Tor) et plus les communications de ces derniers seront indétectables dans la masse d’informations chiffrées.

En effet et pour reprendre les mots de Damien Belvèze, nous avons tous quelque chose à cacher, pas parce que cela est illégal, honteux, etc, mais simplement parce que c’est « privé ». Ensuite, parce que certains vivent plus dangereusement que d’autres (journalistes en Syrie, militants ici ou là, militants écologistes ciblés par l’État pour leur activisme). Ainsi, plus on chiffre, plus les communications de ces derniers seront indétectables dans la masse d’informations chiffrées.

La suite pour la Biblinsa ? Damien et Chloé ont tout plein d’idées. Ils souhaiteraient avoir à terme un nœud sortant TOR à l’INSA, créer une liste de diffusion pour échanger sur les enjeux de la préservation de la vie privée sur Internet, et développer des interventions de sensibilisation dans les bibliothèques publiques…

En attendant, chiffrez tout, et dormez tranquille !


Un grand merci à Rozenn Le Ruyet (bibliothécaire) pour sa contribution aux entretiens, au texte et aux images de ce billet !


Benoît Vallauri
@BVallauri sur twitter


Bibliothèque de l’INSA
20 avenue des buttes de coësmes, 35000 Rennes
02 23 23 83 55
biblio.insa-rennes.fr
@CryptoParty Rennes sur twitter


Pour aller plus loin

Vie privée et bibliothèques / Le blog de Silvère Mercier

La quadrature du net / Nuit debout