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Pour une bibliothèque humaniste, conversation avec Marielle de Miribel

Si l’enthousiasme est franc à l’idée de converser avec Marielle de Miribel, de lire un de ses ouvrages ou de suivre une formation avec elle, c’est que sa réputation la précède. Aujourd’hui « consultante, coach et formatrice pour accompagner les personnes et les organisations dans le changement », Marielle de Miribel est aussi ou a été :

  • conservateur en chef,
  • inspectrice des bibliothèques de la ville de Paris,
  • psychosocionome et analyse transactionnelle certifiée dans le champ des organisations, coach et 0-PTSTA (c’est son profil linkedin qui le dit)
  • docteur en sciences de l’information et de la communication,
  • formatrice en communication des organisations et communication relationnelle (à l’IUT Métiers du livre de Paris X pendant 10 ans et à Médiadix pendant 15 ans),
  • auteur d’articles et d’ouvrages scientifiques dans ce domaine…

What else ? Une fois notre souffle repris, rions (si si) en visionnant les captations vidéos Comment dégoûter un lecteur assidu (Journées ABF, session 2015 / à 4’06) ou Comment démotiver durablement un bibliothécaire innovant (Journées ABF sur « La dimension managériale », session 2016 / à 47’46) et apprenons grâce aux « outil[s] magique[s] négligé[s] par les bibliothécaires : le marketing en l’occurrence, mais aussi l’analyse transactionnelle ou tant d’autres savoirs théoriques devenus techniques que Marielle de Miribel déploie à partir de son sac de Mary Poppins qui ne la quitte jamais.

Rencontrer Marielle de Miribel, c’est se jouer des mots, rire, accueillir l’anecdote et surtout être prêt au changement. La preuve par l’exemple !

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Curiosité, intuition, travail et liberté

Pour reprendre à notre compte la description du bibliothécaire ouvert et innovant que Marielle de Miribel proposait en 2016, nous sommes en conversation avec un « profil Pic de la Mirandole », philosophe, théologien, humaniste, pour qui l’homme est « le créateur de lui-même ». C’est que notre bibliothécaire a emprunté plus d’un chemin ! Et si le sien est loin d’être linéaire, elle concède pourtant avoir « suivi des gens intelligents » et « fait ce dont [elle avait] envie ». Modeste star des bibliothèques ? Elle s’amuse à se comparer au général Tapioca de Tintin pour évoquer les signes de reconnaissance institutionnels qu’elle a bel et bien reçus : Palmes académiques, médaille des vingt ans de la Ville de Paris ou, récemment, la médaille des Arts et Lettres.

Alors pourquoi la bibliothèque ? En pleine crise de la vocation ? Un « métier en danger », pour lequel les « bibliothécaires feraient bien de se remuer les fesses » ? Marielle de Miribel  évoque de possibles évolutions : d’une certaine histoire des bibliothèques qu’elle a connues, qui sentaient bon « la rigueur implacable du catalogage » et du  « fichier matière en béton », et d’une certaine idée du travail (« ronron », « dépendance », « rites initiatiques ») à une bibliothèque qui reste à écrire (celle du bon accueil du public) et à une certaine idée de la gestion des organisations et des personnes qui y travaillent. Une bibliothèque nouvelle où les « gens seraient là tout entiers » rassemblant raison et affect, allant à l’encontre d’un certain diktat du rationalisme devenu l’idéologie de la dépendance.

Le chemin du savoir qu’elle a emprunté en 1979 – lorsqu’étudiante en ethnologie, fascinée par Roland Barthes et se préparant à l’agrégation de lettres classiques, elle choisit de donner du sens – est encore jalonné d’une certaine idée de la liberté. Si elle conçoit que les concours sont le « seul moyen démocratique » d’accéder aux métiers de la bibliothèque, les jeux de dupes de sa prépa d’entrée à l’École normale nupérieure (ENS) la détournent de ce chemin. Après « un mois dehors à gratouiller la terre », elle se dit que préparer le concours de conservateur des bibliothèques est un bon « mélange entre musée et ethnographie » et  que « tous les métiers peuvent y trouver leur place ». La bibliothèque-boîte à outils et la bibliothécaire-couteau suisse sont déjà là.

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Et si on commençait par le lecteur ? Contre une certaine idée qu’on s’en fait.

Une fois conservateur des bibliothèques de Paris, à lutter contre le travail inutile et à élaborer des canons parfois « décidés à la communiste », Marielle de Miribel fait sienne une certaine idée de l’accueil et de la démarche qualité en bibliothèque. Le goût d’apprendre est toujours fort (une thèse en Sciences de l’information et de la communication entre 1993 et 1996 sur la carte lecteur, oui !) et l’humain toujours au centre parce que trop vite oublié. Marielle de Miribel rédige et dirige Accueillir les publics. Comprendre et agir paru en 2013 aux Éditions du Cercle de la librairie. Puis Veiller au confort des lecteurs. Du bon usage des cinq sens en bibliothèque, paru en 2015 chez le même éditeur. C’est lors de ces années d’écriture et de direction d’ouvrage qu’elle développe l’expérience de « cerveau à trois dimensions » : en 33 tours, on engrange, on mouline, on réfléchit ; en 45 tours, on commence ; en 78 tours, on écrit. C’est l’aboutissement. Un travail rapide si l’on en croit notre coach ! Alors même si ce blog est un contre-modèle  (billets longs, rares, irréguliers…), on aimerait la croire : « enregistrez-vous » et l’écriture devient fluide…

Revenons à notre lecteur. Un lecteur plutôt qu’un usager. La remarque est entendue en bibliothèque ? Qui n’a pas pensé que l’arrivée des automates de prêt, c’était la fin du lien avec le public, les personnes – en tant qu’individus vrais et uniques, ceux qu’on connaît par leur nom et dont on sait ce qu’ils lisent ? Eh bien ! non. Mais Marielle de Miribel va plus loin et fait preuve d’une réflexion toujours pertinente en refusant de voir dans l’autonomie du lecteur une solution miracle pour lutter contre le « leurre universaliste » du bibliothécaire.

Si autonomie égale banque de prêt, alors le service n’est pas rendu pas jusqu’au bout : la signalétique manque, les choix sont conditionnés, l’outil dysfonctionne parfois… Et on n’a rien inventé de plus dans la relation : services, postures… Or la préconisation culturelle, c’est la liberté de choix par excellence : choisir d’être tour à tour autonome ou guidé. Une expérience sensible. Marielle de Miribel évoque « l’autonomie affective » du lecteur. Vous y avez pensé ?

Du lecteur au professionnel, le changement de paradigme est donc vaste : ce qu’est une bibliothèque, ce qu’est ou souhaite un lecteur et ce que devient le professionnel (lui s’adapte). Marielle de Miribel nous engage pourtant à  faire preuve d’une « vraie vigilance ». Parce que le profil des bibliothécaires a changé : du bibliothécaire « missionnaire », qui lutte contre l’illettrisme et penche vers la « bien-pensance », à celui « sans foi ni loi », qui fait carrière et qu’elle reconnaît tout aussi rigide, l’intérêt du collectif en moins.

Vers un « nouveau leadership »

Management agile, participatif ou co-responsable, coopératif, holocratie, nous insistons pour obtenir un point vocabulaire tant les nouveaux concepts ont le vent en poupe et qu’en lieu et place de la novlangue, nous lui préférons le bons sens en action. Point tranché par Marielle de Miribel par un « on se paye de mots » et un « il faut tout faire, tout essayer » positif et rassérénant. C’est que la grande affaire du changement de paradigme – « Qu’est-ce qu’une bibliothèque ? » –, c’est le sujet. L’être humain n’est pas une machine (patriarcat des années 1950 ou servage médiéval, on y est toujours un peu), le sujet ne doit pas devenir un objet. Manque de reconnaissance, de protection, évolution du vieux monde en des aspirations personnelles et professionnelles différentes, Marielle de Miribel nous guide, quasi chamane de la pensée complexe. Restaurer le lien entre les trois dimensions du cerveau, lire Steiner (L’ABC des émotions pour débuter en analyse transactionnelle) ou son maître à penser, Eric Berne, « génie parmi les génies » dont « l’intelligence éclaire le monde d’un autre regard ». C’est cela apprendre au contact de cette grande dame : la critique n’est pas une fin en soi, mais un pré-requis à toute action libre, innovante et responsable.

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C’est qu’à force de former des bibliothécaires à l’accueil du public, Marielle de Miribel a ressenti le besoin d’évoquer cela dans son environnement : les organisations et la psychologie individuelle pour donner de l’efficacité et du sens à son action. La responsabilité est au cœur du dernier ouvrage qu’elle a dirigé aux Éditions du Cercle de la librairie, paru en 2016 : Diriger une bibliothèque. Un nouveau leadership. Cette même année, elle clôturait sa présentation à l’ABF sur l’innovation managériale par un « chacun a l’équipe qu’il mérite » aux antipodes du classique « il faut faire avec » que l’on a coutûme d’entendre dans la fonction publique. En somme, si la responsabilité des managers et responsables d’établissement est en question, la dimension humaine et psychologique y est centrale.

Qualités trop peu louées dans les formations managériales. Dans ces dernières, on entend souvent par manager rationaliser, organiser, prévoir, évaluer, avec des indicateurs quantifiables, identiques à tous les individus. Plus rares sont les formations qui s’aventurent dans le domaine de l’humain. Or pour faire face à une « violence énorme où les personnes sont des pions, proches des esclaves », la relation aux émotions, les siennes et celles des autres, n’est plus un tabou, mais un atout. De très nombreuses pistes pour augmenter le collectif au travail sont évoquées avec Marielle de Miribel : créer des groupes d’analyse des problèmes, établir des canons, sortir de la défiance, apprendre à se connaître. La bonne nouvelle, c’est que « l’être humain n’est jamais bloqué ». Et… le bibliothécaire non plus !




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