Gildas Carrillo, le goût des autres

Quand Gildas Carrillo, responsable de la désormais fameuse Médiathèque Phileas Fogg à Saint-Aubin du Pavail, a répondu à notre demande d’entretien, il a tenu à ce que ses coéquipiers y participent. C’est donc avec 3 des 22 bénévoles – Fabienne Darras, Corinne Chanvry et Pascal Jouet – que notre rencontre a eu lieu. Autour d’un salon puis d’une grande table, on a papoté, mangé, bu et ri en bonne compagnie. C’est qu’on sait recevoir dans ce village breton de 800 habitants. Avec bonhommie et générosité. Si le froid novembre nous a tenus à l’intérieur, notez qu’au fil des saisons, c’est du côté du four à pain, au creux des transats ou au détour de chemins et prairies sauvages que l’équipe de la médiathèque concocte son « hors les murs ». Une médiathèque ouverte sur les autres, le monde et la culture, élue chantre de la médiathèque troisième lieu.

[Gildas] Chacun pour tous

Pour Gildas, voilà dix ans que l’histoire a débuté. En 2006, Jean-Luc Poussier, ancien journaliste, maire de Saint-Aubin du Pavail pendant dix-neuf ans, décèle en Gildas le précieux capable de prendre en main à la fois le journal municipal, Le Pavail, et la bibliothèque, alors située Salle polyvalente. Gildas, lui, recherche un travail en complément de son activité principale et, contre toute attente, décroche, grâce à sa formation de graphiste, un mi-temps partagé entre l’apprentissage de Dewey et autres barbaries (aux côtés de Muriel Fourcade, seule bénévole à l’époque) et la mise en pages du Pavail.

C’est que Gildas fait feu de tout bois culturel. Artiste plasticien, il a été, dans ses vies antérieures, objecteur de conscience à l’école Grimault (pédagogie Freinet), animateur multimédia dans une maison de quartier rennaise et membre de l’association Katarsis. Ses Kabarets Katars ont un temps été programmés lors de soirées au Jardin moderne par leur éclectisme. Une ligne qu’il continue de revendiquer. Si ce « Michel Drucker » made in Breizh n’a pas son pareil pour présenter les autres, le faire parler de lui n’est pas chose aussi aisée. À Fabienne, Corinne et Pascal, Gildas n’a d’ailleurs de cesse de répéter : « sans vous, je ne ferai rien ». Son « super-réseau », ses compétences en action et administration culturelles et ses envies tous azimuts sont pourtant vivaces. Gildas a mille idées à la seconde et la grande qualité de fédérer autour de ses envies et… celles des autres.
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À la médiathèque Phileas Fogg, on trouve ça et là des traces des rencontres entre artistes, bénévoles, usagers ou habitants. À l’extérieur, une grande sculpture très Jules Verne. À l’issue d’un apéro-collecte de métaux usagés (déposés par les habitants devant la médiathèque), les Frères ailleurs l’ont réalisée pendant le festival Cirque ou presque de Noyal-sur-Vilaine (désormais hébergé à Piré-sur-Seiche). Face à cette sculpture aux accents steampunk, de fiers crayons rouges sculptés dans des troncs d’aulne. Brandis quelques temps après les attentats contre Charlie Hebdo, ils signent la première édition du Fil rouge : un temps fort participatif et un parcours créatif dédié au land art dont la V2 se prépare. À l’intérieur de la médiathèque, on repère pêle-mêle une sérigraphie de l’Atelier du bourg, des photos d’Aurore Van Langhenhoven, des sculptures, une citrouille poids plume… De fil en aiguille, la médiathèque prend des airs d’artothèque. Et puisqu’on ne peut pas pousser ses murs, Gildas se plaît à imaginer des œuvres se baladant chez les habitants.

[Saint Aubin du Pavail] Saint-Aubin : que de liens !

Saint-Aubin du Pavail est une jolie commune rurale qui a su, notamment grâce à Jean-Luc Poussier, se développer tout en préservant son bâti ancien et en façonnant le lien social. Un lieu favorable à la germination artistique, d’où sont originaires deux autres Poussier qu’on adore à LIB, Marion, photographe et Audrey, illustratrice, mais qui voit de temps en temps Étienne et Nicolas de Crécy. À vrai dire, Gildas connaît chacun des habitants par son nom. Mais loin du name dropping, s’il cite autant les gens, c’est qu’ici tous œuvrent à concevoir ensemble des moments de partage. Via le terreau associatif hyper vivant, à l’image de La Mie du Pavail, association qui gère le four à pain, ou via les commerces, l’auberge et la boulangerie. À écouter Fabienne et Corinne parler, l’émulation collective est franche et donne à la ruralité de Saint-Aubin une couleur particulière, à mille lieues de la désertification ou de la densification dortoir dans le giron des villes alentour. Vivre ensemble est ici une réalité articulée aux lieux du village, dont la médiathèque Phileas Fogg.

[Phileas Fogg] Le troisième lieu

En 2008, lorsque se dessine le projet d’une nouvelle médiathèque adaptée à l’accueil du public, c’est déjà le troisième mandat d’un maire aux choix nets. La confiance est à l’origine de l’investissement de Gildas dans le projet puisque le maire lui propose de suivre, lui, la construction du bâtiment et de lui déléguer la conception du « projet culturel original ». Gildas s’empare « à fond » du projet. Pas de demi-teinte. Il veut « plus qu’une médiathèque » et intitule son projet « comme à la maison », tournant autour l’idée du foyer, lieu entre la maison et le travail. Un endroit où « tout [serait] culture » selon la définition de Pascal. C’est que Gildas aime les lieux atypiques et les liens informels. Plutôt que d’une grosse borne de prêt, il rêve d’une grande table de ferme à l’entrée de la médiathèque. En bon créatif, il aiguise sa curiosité, et travaille 24 h/24 à nourrir son inspiration. Ses modèles vont de cafés de pays, LE modèle de Gildas, comme L’autre rive en forêt de Huelgoat, en cafés-librairies, vers des structures plus vastes mais inspirantes, comme le Lieu Unique à Nantes ou le Jardin moderne à Rennes. Pour compléter ses escapades « hors les bibs », Gildas entame une tournée des popotes en compagnie d’une « élue exceptionnelle », Élisabeth Douet. Trois jours durant, pour mieux l’accompagner le conseiller, Élisabeth a écouté Gildas lui raconter son métier et son projet. Les médiathèques qui retiennent leur attention sont, par exemple, Brécée, pour le mobilier ou Betton, « très vert ». Gildas veut travailler sur le fonctionnement. Éviter à tout prix l’effet « coquille vide ». Il souhaite des horaires d’ouverture amples et a donc besoin de moyens humains, d’une équipe de bénévoles importante.

En 2009, Mathilde Servet élève conservatrice soutient son mémoire de fin d’études intitulé Les bibliothèques troisième lieu. Un choc à la lecture pour Gildas. Il est en pleine réflexion et y retrouve pour partie son « diagnostic », ce à quoi il a déjà pensé. Il pioche alors de nombreuses idées pour les collections, telle une « réserve vivante », et mixe le tout avec son approche participative. Gildas est cette fois accompagné par Muriel Piffeteau, aujourd’hui responsable de la médiathèque de Betton, qui lui a été « d’une aide extraordinaire », notamment pour ficeler le projet et faire une proposition carrée aux élus. Son dossier est accepté et les travaux commencent. La médiathèque Philéas Fogg verra le jour en même temps que la grande et belle tête de réseau voisine et partenaire : Les Halles, à Châteaugiron. Reste à Gildas à convaincre des personnes de rejoindre l’équipe de bénévoles pour faire tourner le lieu.

[Corinne, Fabienne, Pascal] Une histoire de confiance

Si le « casting » des bénévoles a été drastique, selon les dires de Gildas, et les catégories bien définies (bibliothécaire, animateur, communication et évènementiel et super bénévole multicompétences), les qualités et valeurs recherchées se lisent et s’entendent autour de notre table. L’engagement, l’insertion dans la vie associative, un vrai dynamisme, le droit à l’essai et à… l’échec. Une humilité évidente aussi. Les bénévoles, habitants de Saint-Aubin ou d’ailleurs, affirment que Gildas est à l’origine de tout, que c’est pour lui qu’ils sont fidèles au poste. En contrepartie de leur participation, pas d’organisation rigide définie à l’avance, pas de contraintes (aucun d’entre eux n’en voit à ce jour !) et les bénévoles restent et reviennent. Une réunion tous les deux mois, un tutorat pour accompagner les nouveaux. Gildas ne s’occupe même pas du planning, chacun s’y inscrit, se porte volontaire, propose, gère.

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Corinne Chanvry, Fabienne Darras, Gildas Carrillo et Pascal Jouet

Agente de voyage, Fabienne a mis sa passion pour la bidouille, la récup et le bricolage au service d’un atelier créatif très couru. Depuis huit ans, elle n’a de cesse de réinventer son sujet et voit les générations des petits de Saint-Aubin défiler. Pascal, en retraite, et féru de photo, a pris le relais de sa fille Lucie, ancienne bénévole. Devant quitter les lieux pour ses études, elle lui a en quelque sorte passé le flambeau. Quant à Corinne, jeune retraitée de l’éducation nationale, « The super bénévole », elle œuvre sur tous les fronts. Soutien scolaire, bibliothèque, évènementiel, son soutien à Gildas et au lieu crève les yeux. Son engagement bénévole lui a d’ailleurs permis de décrocher un contrat dans une bibliothèque du réseau et l’expérience la tenterait bien à nouveau. Gildas incite, ouvre des portes, donne confiance, et est, en retour, entouré de toute la bienveillance et des compétences de chacun, offertes généreusement. Les temps forts créatifs et collaboratifs, comme Le Fil rouge ou Des livres dans mon casse-croûte, sorte de « Petite Bibli dans la prairie », sont même l’occasion de susciter de nouveaux bénévolats.

Si les médias sont unanimes (Télérama, Ouest-France, France Inter…), si les professionnels sollicitent Gildas fréquemment (Bibliothèque[s], journée pro BPI, congrès ABF…), celui-ci s’avoue quand même « un peu dépassé » par le succès « inattendu » de la médiathèque, Prix Coup de Cœur du jury lors du 4e Grand Prix Livres Hebdo des Bibliothèques francophones 2013. « Tout ça m’est tombé dessus » nous confie-t-il. Et d’admettre que son aventure reflète sans doute aussi un certain « activisme culturel » propre à la Bretagne, région créative, engagée, qui aime croiser les genres. Certains grincheux reprochent à Gildas de s’être trop éloigné de la lecture publique, oubliant peut-être de voir qu’il y a à Saint-Aubin, en plus de la promotion de la « culture sous toutes ses formes », la prise en compte d’enjeux politiques et sociaux inédits. Mais il y a surtout ce qui fait le cœur de toute belle histoire : un lieu, des personnes, une envie d’être et de faire ensemble qui donne un sacré supplément d’âme.


Pour aller plus loin

Le projet d’établissement

La médiathèque Philéas Fogg, diaporama de Gildas Carrillo et Corinne Chanvry, congrès de l’ABF, 2014

Travail collaboratif avec les bénévoles et co-création avec les usagers : la relation humaine, poumon d’une médiathèque 3e lieu dans un village de 744 habitants, Gildas Carrillo et Gaëlle Guimard (bénévole), 2014

Le mémoire de Mathilde Servet sur les bibliothèques troisième lieu, ENSSIB, 2009.

Aujourd’hui en France, Y a-t-il encore des livres dans les bibliothèques ? France Inter, 29 janvier 2016


Médiathèque Phileas Fogg
13, rue de la mairie
35410 Saint Aubin du Pavail
02 99 62 98 39
mediathequedupavail@yahoo.fr

Le Tempo, Vezin-le-Coquet : comme à la maison !

dsc_0844Il y a tout juste 1 an, le 5 octobre 2015, Le Tempo ouvrait ses portes à Vezin-le-Coquet après 18 mois de travaux*. Ce centre d’activités socioculturelles abrite la nouvelle médiathèque : un tiers-lieu résolument cosy, grand ouvert sur son temps et sur le monde. Nous avons profité d’une visite organisée par doc@rennes au printemps dernier pour retracer avec Corinne Debel-Regereau, sa responsable, bibliothécaire chineuse, la belle histoire du lieu. Une histoire que Corinne connaît comme sa poche – puisque cela fait plus de 20 ans qu’elle contribue à l’écrire – et une histoire qui n’a pas dit son dernier mot !

Vive les espaces modulables !

À l’emplacement de l’ancien fournil et à proximité de l’ancienne médiathèque et du groupe scolaire Éric Tabarly, Le Tempo est un centre d’activités socioculturelles aux multiples ressources. Outre la médiathèque, il abrite une salle de conférences, projections et spectacles de 90 places, des salles de formation (dont une avec cuisine) ouvertes aux associations et réservables à toute heure sur demande, un espace dédié à l’information jeunesse et l’orientation scolaire et l’accueil de la mission locale pour l’emploi. Sa superficie est de 900 m2.

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La médiathèque compte actuellement 2300 inscrits, un nombre qui devrait augmenter encore d’ici quelques années. Ouverte 31 h par semaine, elle occupe 2 niveaux : l’ensemble du rez-de-chaussée, accessible depuis la place Fernand Bons, accueille les livres adultes et jeunesse et une partie du premier étage, en rez-de-jardin, accessible depuis le parvis des écoles, propose le multimédia, l’audiovisuel et la presse. Un large toit-terrasse recouvre l’ensemble du bâtiment. Il peut recevoir 200 personnes pour des spectacles extérieurs et pourrait permettre à terme l’agrandissement du bâtiment.

La création du Tempo, inauguré en novembre 2015, tient au développement démographique de la commune, notamment via le nouveau quartier des Champs bleus. De 3800 habitants en 2010, Vezin est passée à 5000 en 2016 et devrait atteindre les 7000 d’ici 10 ans.

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Avec ses gros hublots-alcôves, ses 60 places assises (contre 20 auparavant), sa cabine de visionnage, ses terrasses, ses mobiliers et objets chinés par Corinne, Le Tempo est avant tout un lieu de vie, ouvert et hospitalier. Situé en cœur de ville, à la croisée des chemins du quotidien, entre école, commerces, mairie… il est autant pensé pour les visites improvisées que programmées. Comme le rappellent ses architectes de l’Atelier du Canal, « sa conception architecturale est le fruit d’une démarche d’échanges itératifs entre la maîtrise d’ouvrage, les utilisateurs et la maîtrise d’œuvre ». En témoignent ses bornes d’accueil façon brocante, son style industriel et ses cloisons typographiques.

L’âge du faire

Corinne et son équipe ont rêvé d’une bib « comme à la maison » ! Ils ne voulaient surtout pas de « quelque chose de clinquant, où les gens n’osent pas venir ». Sur les deux plateaux décloisonnés, les usagers disposent d’espaces et d’ambiances variés : du Comptoir avec presse, café à volonté et possibilité de pique-nique à la salle de travail fermée (L’Atelier), Le Tempo répond à tous les usages, individuels et collectifs. Il a récemment proposé un concert gratuit de musique irlandaise (Moon Coin) pendant lequel l’asso partenaire Goûts et saveurs vezinois tenait une buvette avec vente de bières irlandaises.

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Au-delà de la simple convivialité, Le Tempo a une véritable vocation sociale : seul lieu à Vezin mettant des ordinateurs et du WiFi gratuit à disposition du public, il propose également aux chômeurs de l’accompagnement individualisé à la recherche d’emploi, de l’aide à la rédaction de CV ou de courriers. Pour les allophones, Mathieu, responsable de l’audiovisuel, propose un accompagnement FLE (Français Langue Étrangère).

Circulez, y a tout à voir !

Au Tempo, la circulation est intuitive d’un espace à l’autre, favorisée notamment par le mobilier modulaire. Côté collections, c’est la lisibilité et la vivacité de l’offre qui sont recherchées. Au rayon audiovisuel (20 000 documents maximum), on n’use plus que du facing. Pas question de classification rigide ou de réserve oubliée et poussiéreuse. N’en déplaise à Dewey, ici comme à la Bibliothèque Louise Michel à Paris, la nomenclature procède par grandes thématiques.

Mandana, responsable du secteur Adultes et BD, est une ancienne libraire et tient à ce que les livres vivent. Elle a imaginé une réserve « active », en hauteur, et des rayons dédiés : au voyage, aux policiers et à la SF, aux 13-15 ans (et leurs coups2coeurs), aux poches (disposés sur un meuble en carton)… On trouve aussi des pépites dans ce « bazar bizarre » : « des livres qu’on a envie d’acheter, mais qu’on ne sait pas où caser » !

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Au Tempo, numérique rime avec poétique. Le 1 % artistique a été consacré à l’espace informatique. Le mobilier Au bord, qui accueille 6 postes adaptés aux personnes à mobilité réduite, est l’œuvre d’Antoine Minguy et Bénédicte Rousset de l’Atelier Kloum, à Quimper. Son plateau au dégradé bleu évoque la mer. Ses alcôves de bois et de laine sont comme des rochers sur la plage et jouent des frontières poreuses entre intimité et espaces partagés, à l’image de l’internaute surfant sur la Toile. Si vous levez les yeux, vous décrocherez… une « lune captive ». Blanche vue de l’intérieur, rousse vue de l’extérieur… pour peu que vous mettiez en jeu la pastille orange que les designers ont collée sur le vitrage. Une œuvre interactive en somme.

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Prendre le temps d’apprendre

Prolongement de sa vocation sociale, Le Tempo a en orientation phare la formation. Pour animer les multiples actions qu’elle mène, et qui complètent les ressources d’autoformation, l’équipe de la médiathèque (5,4 équivalents temps plein) est épaulée par 15 bénévoles et personnes-ressources qui viennent partager leurs savoirs avec tous les publics. Les renforts ne sont jamais de trop pour offrir de l’accompagnement individualisé. Mohamed donne des cours d’arabe, Liz des cours d’anglais. Des ateliers d’informatique, d’écriture, de lecture à voix haute et de tricot-crochet sont également proposés.

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Cette rentrée, Le Tempo lance le projet Apprendre autrement afin, notamment, de répondre aux besoins spécifiques des enfants présentant des difficultés d’apprentissage (dyslexie, dyscalculie, dysorthographie…) et d’accompagner leurs parents en lien avec les enseignants. De plus en plus nombreux, ces enfants, auxquels le système général ne parvient pas à s’adapter, se trouvent trop souvent en difficulté. Très sensible au sujet, l’équipe de la médiathèque a d’ailleurs souhaité une signalétique en typographie Open dyslexie. Au vu du succès remporté par le préprojet Lire autrement qu’Harold, stagiaire issu de la licence pro Gestion et médiation de ressources documentaires de l’université Rennes 2, avait lancé (un simple rayonnage de livres et documents adaptés aux dys’ ou traitant du sujet), Corinne lui a proposé de transformer ce projet en une démarche plus vaste. Apprendre autrement passe par la mise à disposition d’outils et de méthodes d’apprentissage alternatifs. Des ouvrages, des applis, mais aussi des conférences et des ateliers comme ceux animés par la coach scolaire Kristin Leroy. Le 14 octobre, celle-ci proposera une conférence « Éviter la crise de nerfs à l’heure des devoirs » suivie d’un atelier parents-enfants découverte du mind-mapping. Cet outil pédagogique pouvant aider à visualiser et mémoriser fera l’objet d’un second atelier le 22 octobre. Deux bonnes occasions d’apprendre à apprendre en famille et… autrement, et de souhaiter au Tempo un heur…istique anniversaire !


* mis en dessins sur des carnets en accordéon par la chroni-croqueuse des Petits Riens Bénédicte Klène


Le Tempo – Médiathèque municipale
Contour de l’Église
35132 Vezin-le-Coquet
02 99 78 71 04
mediatheque@ville-vezinlecoquet.fr
mediatheque.vezinlecoquet.fr

Short édition et les bibliothèques de Grenoble

Le temps du court

Alors que la ville de Grenoble a annoncé la fermeture de 3 de ses 12 bibliothèques de quartier en 2017 dans le cadre d’un plan d’austérité, nous saisissons l’occasion de rappeler, grâce à l’exemple des bibliothèques de Grenoble, le lien particulier que les bibliothèques tissent patiemment avec leurs usagers. Rappeler également que ces lieux culturels sont aussi un soutien à la création artistique, à l’innovation et à l’économie d’un territoire.

Pour preuve, le dispositif mis en place par la mairie de Grenoble, de 8 « distributeurs d’histoires courtes », service créé et commercialisé par Short édition. Les distributeurs sont installés dans les services municipaux tels que l’hôtel de ville, l’office du tourisme, les maisons des habitants et 3 bibliothèques. Ils offrent aux usagers des services publics de la ville un temps court de lecture en attendant ce pour quoi ils se sont déplacés. Détourner les codes de la consommation de distributeurs ou du jetable pour un moment d’évasion gratuite, une invitation à la lecture et à la création littéraire populaire et sans contrainte, voilà le pari de Short Édition et de la ville de Grenoble.

Prendre le temps, même un peu

1 minute, 3 minutes, 5 minutes, sont les 3 propositions faites aux utilisateurs des distributeurs d’histoires courtes. Le temps est le seul critère de sélection. Depuis la borne, on choisit l’une des trois durées et une histoire plus ou moins longue sort imprimée sur un ticket. Que l’on jette, que l’on garde, que l’on collectionne.

Les bibliothèques du centre ville, Kateb Yacine et Saint-Bruno testent ces nouvelles machines depuis un peu moins d’un an et une chose est certaine, celles-ci ne laissent pas les bibliothécaires indifférents. Les bibliothèques ne sont pas à l’origine de l’implantation des bornes, décidée par la mairie, mais les ont accueillies après une certaine réflexion.

Où les placer ? Dans des lieux de loisirs comme dans l’espace café de la bibliothèque Kateb Yacine s’est révélé être un franc succès. Au même étage que les deux banques de prêt et le poste des inscriptions, l’effet escompté pour faciliter l’attente aux moments d’affluence est visible.

Les distributeurs sont attractifs, mais posent tout de même question aux bibliothécaires. Pourquoi ne pas pouvoir promouvoir le format court des nouvelles imprimées ? À l’heure de l’économie de l’attention, faut-il forcément jouer le jeu du « temps de cerveau disponible » ? Notons aussi que le choix des textes proposés par les distributeurs est fait par un comité de lecteurs et ne passe plus par le truchement des bibliothécaires et de leurs stratégies  d’acquisition.

Cela étant, la formule fait mouche et les bibliothèques reconnaissent la vraie bonne idée. En autonomie et « sans demander rien à personne », à la bibliothèque Saint-Bruno, le lecteur appuie à sa guise. Et il semble que tous les usagers s’y intéressent, quel que soit leur âge ou la fréquence de leurs visites. La découverte en mode aléatoire séduit les lecteurs et fait apparaître la volonté de l’éditeur de valoriser tous les genres. Fantastique, poésie, polar, etc. « tous les genres » sont représentés.

Les retours des lecteurs sont globalement très positifs dans les bibliothèques de Grenoble. A l’Office de Tourisme, on y voit même des habitués dont cette dame italienne qui vit à Grenoble et aime venir tous les jours où presque pour imprimer sa petite histoire. L’intérêt semble a contrario moins franc dans le hall de l’hôtel de ville de Grenoble où pourtant, l’attente pour des demandes administratives peut être assez longue. Suivant la nature de l’attente et le lieu, l’acte de lecture est plus ou moins naturel. Dans les bibliothèques, il y a comme une forme d’évidence.

Rematérialiser le numérique : l’idée n’est pas neuve et plusieurs diffuseurs de musique notamment en ont fait l’expérience. De l’avis de tous, le distributeurs d’histoires courtes est joli, au bon format et le ticket distribué élégant. Dans les bibliothèques, le distributeur fonctionne tout seul. Le signe discret de ce succès (difficilement quantifiable) est que les lecteurs viennent se plaindre quand il n’y a plus de papier dans la machine et qu’il faut changer le rouleau !

Short édition, éditeur « communautaire d’histoires courtes »

Le distributeur d’histoires courtes a été créé et lancé en 2015 par la start-up grenobloise et familiale, Short édition. Sa visibilité s’est récemment accrue grâce à une présence remarquée au salon Livre Paris et à l’intérêt porté par Francis Ford Coppola himself au projet. Depuis avril dernier, une borne se trouve dans le restaurant de San Fransisco du réalisateur, histoire incroyable narrée ici en images. Un concept bien trouvé, une bonne com’ et une dose non négligeable de story telling, l’entreprise a des atouts certains.

https://www.youtube.com/watch?v=G0Vf30w2yZg&feature=youtu.be

OKles 4 co-fondateurs

Jeudi 16 juillet 2015 Equipe de Short Edition, Cèmoi Photo : © Thierry CHENU thierry.chenu@grenoblecommunication.fr +336 84 52 10 99 – http://www.grenoble.fr Droits réservés : Ville de Grenoble © 2015

En 2011, désireux de mettre à profit les petits moments de creux du quotidien, Isabelle Pleplé, son frère et son fils, Christophe Sibieude, Quentin Pleplé. (rapidement rejoints par Sylvia Tempesta décident de lancer une maison d’édition numérique multi supports. Ils créent une plateforme (site Internet responsive), un distributeur (borne) et une édition papier périodique (4 fois par an) destinées à valoriser l’écriture et la lecture. À la différence du distributeur, le site offre du court « multisupports », du texte, mais aussi du dessin (BD) et du son (podcasts de textes lus).

Short édition peut-elle révolutionner l’édition papier traditionnelle ? Rétribution des auteurs et gratuité, qualité des œuvres proposées… les atouts mis en avant par l’entreprise représentent à tout le moins les questions liées aux évolutions des marchés et des pratiques culturelles.

Short édition affiche pas moins de 10 500 « auteurs-amateurs » publiés, un comité éditorial de 150 internautes et une communauté de 170 000 lecteurs abonnés. Les 100 à 130 œuvres proposées par jour sur le site Internet font l’objet d’une sélection a posteriori (en vue des prix, de la publication sur papier, de la présence ou non dans le distributeur d’histoires courtes…).

Tous auteurs ? Oui, c’est le credo de l’éditeur. Seulement, si ce dernier n’est pas un professionnel, la rétribution de ceux-ci serait de 10 à 40 % des recettes d’exploitation de location des bornes, le site ne générant aucune recette propre.

Mais au vu de la vitalité et de la qualité de l’animation de communautés proposée par Short Édition (prix, comités de lecture, lecteurs bénévoles impliqués…), de la démocratisation des pratiques artistiques, de la popularité des nouveaux canaux de diffusion et de l’omniprésence des supports nomades du numérique (smartphones, tablettes), pas de doute, le succès de cette start up semble assuré.

Et pour demain ? On reprendra du court, et un peu plus encore.

Même si de nombreux lecteurs ont apprécié la diversité des genres proposés (fantastique, aventure, policier, érotique, etc) comme Lois Perrin de l’Office de Tourisme, de l’avis général des bibliothécaires de Grenoble, la qualité des textes proposés au distributeur reste somme toute relative. Vrai ou faux procès lié aux pratiques amateurs ? L’engagement et l’honnêteté de Short édition ne sont, eux, pas remis en cause (auteurs-amateurs ou lecteurs-bénévoles du comité de lecture).

Par ailleurs, la vitalité de la communauté témoigne d’un nouveau mode de consommation de la culture basé sur l’échange avec ses pairs ou ses lecteurs (facilité par les réseaux sociaux) et la participation active à la création. On peut regretter le peu de propositions de la part de Short édition à ce sujet et imaginer de nombreux dispositifs en bibliothèque autour de cette joyeuse initiative de « lire et écrire court en communauté ». Au-delà des lectures à voix haute déjà proposées.

Animations, scénographie et marketing, médiation, le distributeur d’histoires courtes, Short édition et maintenant Short édition Jeunesse, offrent aux bibliothèques une mine de pistes pour rencontrer leurs publics. Des rencontres avec des « auteurs-amateurs », des rencontres physiques entre membres d’une même communauté, des comités de lecture ou des ateliers d’écriture autour de la forme courte (seul ou en groupe…), un petit mobilier invitant à la détente, à la sieste, au fait de prendre le temps. Mille et une pistes, preuves que l’écrit est bel et bien vivant. Le reste est une question de supports…


Pour aller plus loin

Un reportage de Public Sénat


Bibliothèques de Grenoble / Kateb Yacine
Centre Commercial Grand Place
38100 Grenoble
04 38 12 46 20

Bibliothèques de Grenoble / Centre Ville
10, rue de la République
38000 Grenoble
04 76 54 57 97

Bibliothèques de Grenoble / Saint Bruno
8, place Saint Bruno
38000 Grenoble
04 76 96 82 95

Office de tourisme de Grenoble
14, rue de la République
38000 Grenoble
04 76 42 41 41

1, 2, 3 chiffrez ! CryptoParty à la bibliothèque de l’INSA de Rennes

 

La vie privée à l’heure d’Internet

Qui  ne s’est pas déjà inquiété de ce qu’écrivent les ados sur Facebook, de faire son premier achat en ligne, de ce que son employeur peut découvrir sur lui sur le net, du pouvoir de multinationales comme Google ou encore des révélations d’Edward Snowden sur la NSA et du sort des lanceurs d’alerte dans nos démocraties ?

Pour autant, vous n’êtes pas forcément convaincu de l’intérêt de protéger vos données personnelles sur Internet ? Pensant n’avoir rien de spécial à cacher, cela ne vous dérange pas que vos données ne soient pas protégées ? Des données que vous ne donneriez même pas à vos amis. Quelles conséquences cela pourrait-il avoir ? D’ailleurs, de qui et comment vous protéger sur Internet ?

Cette vidéo va peut-être vous faire changer d’avis :
https://www.youtube.com/watch?time_continue=3&v=_kbVBOQ0J5w
Vous avez froid dans le dos ? Alors, maintenant… vous êtes prêts !
En matière de vie privée sur Internet, les bibliothèques, notamment de lecture publique, ont un rôle à jouer dans la protection et la formation des citoyens.

Le Café vie privée de Benoît Vallauri

P1070922 (Copier)Quelques jours avant la CryptoParty, organisée par la Biblinsa (bibliothèque de l’Institut National des Sciences Appliquées) de Rennes, nous avons rencontré Benoît Vallauri, médiateur à la Médiathèque départementale d’Ille-et-Vilaine et animateur de l’anti-atelier Café vie privée. Déjà organisateur d’un précédent Café vie privée à doc@Rennes en juin 2015, Benoît nous explique le rôle des bibliothèques et sa formule pour mener à bien un tel anti-atelier. Un échange riche autour des données personnelles, de la surveillance de masse (des États par exemple) ou des données en masse recueillies par des sociétés commerciales (big data) et leur exploitation. Mais aussi sur le rôle des bibliothécaires concernant l’information et la formation des citoyens, deux des trois piliers du manifeste de l’UNESCO sur la bibliothèque publique : informer, former, distraire.

Chaque jour en effet, le bibliothécaire, en tant que citoyen et en tant que professionnel fournisseur d’accès à Internet, est confronté à la littératie numérique (ou maîtrise des outils et des enjeux liés au numérique) et aux questions de sécurité et liberté pour ses usagers. Pour Benoît, il faut donner aux gens des clés pour qu’ils soient informés et fassent leurs choix en conscience : leur rendre leur pouvoir de décision sans donner une définition (personnelle) de ce qui est privé ou non. Les Cafés vie privée se veulent des lieux d’expression de la citoyenneté : ils reposent sur la volonté d’en savoir un peu plus et ne nécessitent pas de compétences techniques très poussées ou d’aborder les sujets sensibles.

Dans un contexte politique particulier (état d’urgence, loi renseignement), nous apprenons que les bibliothèques, dans leurs modalités d’accès à Internet, outrepassent souvent ce qui est exigé dans la loi, par exemple  en demandant un nom pour un code Internet. Or collecter des données nominatives, notamment quant aux connections WIFI, doit faire l’objet d’une déclaration à la CNIL. La déclaration de l’IFLA de 2014 sur la vie privée dans le monde des bibliothèques répond aux questionnements légitimes des bibliothèques, au-delà des contextes nationaux. La CNIL encourage, elle, le chiffrement des données personnelles pour protéger les personnes et leur vie privée, afin de garantir leurs droits fondamentaux.

La méthode des Cafés vie privée de Benoît ? Offrir à côté des ateliers pratiques des CryptoParties des échanges tous publics autour de la vie numérisée. De quoi libérer la parole, quelles que soient les compétences techniques. De la bienveillance, des post-its pour faire émerger les idées et… un modérateur en forme de poil à gratter ! Associée à ces échanges, une démonstration de quelques solutions simples de protection comme les applications Orbot  et Orfox sous Android, qui permettent de surfer via le réseau Tor, DuckDuckGo, un moteur de recherche soucieux de votre vie privée, ou encore Signal, application Android et IOs (Apple) permettant de chiffrer ses SMS.

Pour démarrer votre protection personnelle, voici d’ailleurs un kit signé Thomas Fourmeux (biblioveilleur), version smartphone, et le Guide d’autodéfense numérique, tous deux cités par Benoît.

La Crypto de la Biblinsa

En 2012, Asher Wolf (journaliste australienne et défenseure des droits de la vie privée) lance la première CryptoParty pour sensibiliser le tout public à l’intérêt de protéger ses données sur Internet ou dans ses communications. Le concept des CryptoParties est né, disponible sous Creative Commons, ouvert : à chacun sa formule !

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Une crypto, c’est quoi ? Souvent composée d’ateliers, pour mettre en pratique les outils de protection des données, apprendre à installer des logiciels, utiliser un réseau d’anonymisation (TOR) ou chiffrer le contenu de ses mails (PGP) par exemple, une crypto peut aussi intégrer des conférences comme dans le cadre académique (et néanmoins indépendant) de l’INSA.

Les 15 et 17 mars 2016, la Biblinsa de Rennes organisait donc sa deuxième CryptoParty sur le campus de Beaulieu.
La CryptoParty 2016, c’était 1 conférence d’Okhin (voir plus bas), 1 repas offert, 9 ateliers en 2 sessions (à 20 h 45 et 22 h) le mardi 15 mars, et une Install Party (installation de logiciels libres sur son propre ordinateur) le jeudi 17 mars.
La CryptoParty 2015 proposait déjà 1 conférence, avec un professionnel de la cyberdéfense de la DGA (Direction Générale de l’Armement) où 70 personnes étaient présentes, et 4 ateliers forts de 60 participants.

La Crypto de la Biblinsa est portée à la fois par Damien Belvèze (responsable de la bibliothèque), Chloé Lailic (médiatrice documentaire), des forces vives de l’école, d’une part (les enseignants-chercheurs Gildas Avoine et Barbara Kordy et d’élèves et doctorants de l’école), de Pierre Laperdrix, doctorant à l’IRISA, et d’autre part des libristes rennais (le Hackerspace Breizh Entropy avec Matthieu Goessens, Actux : association qui défend et  promeut les logiciels libres, Nos oignons : association qui collecte des dons afin de faire tourner des nœuds de sortie TOR).

Damien et Chloé, bibliothécaires enthousiastes et passionnés, ont souhaité au maximum élargir l’audience, toucher à la fois les initiés et leur public naturel, étudiants, enseignants-chercheurs ou personnel de l’école, mais aussi le réseau alternatif des hackers et le grand public. Pari réussi puisque 160 personnes ont participé à la conférence et le nombre d’ateliers a été multiplié par 2. Précisons que nos bibliothécaires se sont formés au fil de l’eau, ou plutôt des tuyaux : -), et insistent sur ce point : une crypto peut être organisée par des bibliothécaires ne maîtrisant pas ces outils et montant le projet comme une action culturelle ou de médiation traditionnelle. On salue tout de même leur grande implication et les compétences développées.

Coup de projecteur sur la conférence d’Okhin

Okhin, hacker et cyberactiviste, est salarié de la Quadrature du Net et ancien membre de Télécomix. Il a notamment contribué à reconnecter l’Égypte quand le gouvernement a coupé le web en 2011 et à contourner la surveillance en Syrie (Operation Syria). Lors de la CryptoParty 2016, il a proposé ce sujet : Qu’est-ce que la cryptographie ? Non, ça ne mord pas, non, ça ne fait pas peur, non, pas besoin d’un bac +5. En voici quelques éléments marquants.

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Okhin est revenu sur des notions importantes : l’identité, l’anonymat, la vie privée, en opposition à l’espace public, la cryptographie, censée protéger la vie privée, et garantir l’anonymat. Comme la vie privée s’associe à la notion de choix, elle est reliée de fait à la notion de démocratie.

Okhin a donné une couleur évidemment politique et militante à la question des données personnelles et d’Internet. Un problème politique peut-il être résolu par des outils techniques ? Comment faire pour lutter contre la surveillance de masse ? Celle-ci assigne une identité souvent caricaturée, et peut être responsable d’une certaine discrimination comme dans le cas d’un journaliste qui se renseignerait sur Daech et serait surveillé pour cela. Okhin propose une métaphore intéressante, et compare la cryptographie à une porte blindée. Entre une porte blindée, et une porte classique, quelle porte le cambrioleur tente-t-il de forcer ? Plus il y a de portes blindées et plus le travail du cambrioleur est compliqué.

Okhin nous conseille aussi de chiffrer un maximum nos données : mails, recherches Internet, téléphone (différents logiciels disponibles) et d’utiliser le réseau TOR dans la mesure du possible – surtout si l’on n’a rien à se reprocher – pour garantir la démocratie.

Plus on chiffre (ou utilise Tor) et plus les communications de ces derniers seront indétectables dans la masse d’informations chiffrées.

En effet et pour reprendre les mots de Damien Belvèze, nous avons tous quelque chose à cacher, pas parce que cela est illégal, honteux, etc, mais simplement parce que c’est « privé ». Ensuite, parce que certains vivent plus dangereusement que d’autres (journalistes en Syrie, militants ici ou là, militants écologistes ciblés par l’État pour leur activisme). Ainsi, plus on chiffre, plus les communications de ces derniers seront indétectables dans la masse d’informations chiffrées.

La suite pour la Biblinsa ? Damien et Chloé ont tout plein d’idées. Ils souhaiteraient avoir à terme un nœud sortant TOR à l’INSA, créer une liste de diffusion pour échanger sur les enjeux de la préservation de la vie privée sur Internet, et développer des interventions de sensibilisation dans les bibliothèques publiques…

En attendant, chiffrez tout, et dormez tranquille !


Un grand merci à Rozenn Le Ruyet (bibliothécaire) pour sa contribution aux entretiens, au texte et aux images de ce billet !


Benoît Vallauri
@BVallauri sur twitter


Bibliothèque de l’INSA
20 avenue des buttes de coësmes, 35000 Rennes
02 23 23 83 55
biblio.insa-rennes.fr
@CryptoParty Rennes sur twitter


Pour aller plus loin

Vie privée et bibliothèques / Le blog de Silvère Mercier

La quadrature du net / Nuit debout

 

 

 

Le multiculturalisme en bibliothèque

Lieux proclamés de rencontres , d’échanges et de cultures, les bibliothèques portent en leur sein le multiculturalisme. Vecteurs d’information et de formation, elles contribuent à l’émancipation des individus. Dans un contexte social, économique et politique mondial troublé, comment appréhender le multiculturalisme au quotidien et apporter, en bibliothèque, des réponses humaines et citoyennes justes ? Pour vous éclairer, let it bib revient sur deux initiatives : la légothèque et des ateliers d’apprentissage du Français Langue Étrangère à Saint-Jacques de la Lande.

Se construire grâce aux bibliothèques, l’ambition forte de la légothèque

Carrefour culturel et social dans l’espace public, la bibliothèque se cherche des outils pour accueillir au mieux les personnes éloignées de ses services et de la langue française. Le vocable juridique, administratif, social et culturel pour parler du public migrant n’est pas le plus aisé et, comme nous le rappelle la commission Légothèque  de l’ABF, « les migrant-es ne constituent en rien une catégorie homogène ».

Au sein de la Légothèque, 11 professionnels des bibliothèques, d’État ou territoriaux, travaillent sur les questions de construction de soi et la lutte contre les stéréotypes. Animé par une volonté forte de transparence, ce groupe définit clairement ses objectifs et informe les bibliothécaires, à l’aide de ressources précises et variées.

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On peut lire au fil de leur blog, l’un des nombreux outils disponibles, de longs billets, fouillés, une veille inspirante régulière, riche de multiples exemples en France ou à l’étranger. La commission préconise aux bibliothécaires une approche empathique afin d’accueillir au mieux la diversité du monde : « s’adapter, sans stigmatiser, à ses publics ».

Des ateliers de Français Langue Étrangère à la médiathèque Lucien Herr de Saint-Jacques de la Lande

C’est Charlotte Bihel, directrice de la médiathèque Lucien Herr à Saint-Jacques de la Lande (35) qui nous a détaillé cette action d’ateliers de Français Langue Etrangère (FLE), menée pendant sept ans, et aujourd’hui malheureusement terminée. Des ateliers et des actions à la rencontre de l’autre, des autres.

Objectifs pour les participants :

  • Favoriser leurs conditions d’intégration et la cohésion sociale au niveau local.
  • Améliorer l’accès à l’information sur les droits.
  • Comprendre leur environnement (écrits, codes culturels).
  • Faciliter leur insertion sociale et/ou professionnelle.
  • Favoriser leur autonomie, émancipation et confiance en soi.
  • Valoriser les personnes et leur culture d’origine.
  • Donner la possibilité d’émettre un point de vue et ainsi d’avoir le sentiment d’être pris en compte et de faire partie intégrante de la société.
  • Permettre aux adultes de retrouver leur place de parents face à leurs enfants.

Saint-Jacques de la Lande est un territoire particulier, une commune de Rennes Métropole, dont l’immédiate proximité avec Rennes et l’évolution urbaine s’est réalisée essentiellement ces vingt dernières années. Aujourd’hui, la commune est constituée de quartiers, morceaux épars aux cultures bien différentes qui créent la mosaïque culturelle de la ville. Se côtoient ainsi Saint-Jacques aéroport et le centre historique, le quartier de La Morinais et le nouveau centre-ville, le quartier Pigeon Blanc de l’autre côté de la rocade, ainsi qu’une partie du grand projet urbain rennais et jacquolandin de La Courrouze.

La mutation de la commune est née d’une volonté politique forte d’accueillir une population croissante, aujourd’hui au nombre de 11 200 habitants, en menant une politique de services et en façonnant autrement le vivre ensemble. Dans le nouveau centre-ville, construit ex-nihilo, et où se situe la médiathèque (ouverte en 2000), les services publics sont sortis de terre en même temps que les immeubles d’habitation, au sein desquels on dénombre une grande partie de logements sociaux.

La vocation sociale de la médiathèque, le sens de l’accueil de publics non-captifs sont inhérents à ce territoire et l’architecture figée (par définition) du bâtiment nécessite un effort constant vers plus d’humain et de rencontres . Le contrat de territoire, les partenariats naturels et le projet d’établissement de la médiathèque ont inscrit ces efforts sur le long terme. Comment fait-on pour vivre ensemble, se connaître et habiter l’espace public en se l’appropriant ?

L’équipe de la médiathèque recense au sein des ateliers FLE une cinquantaine de nationalités différentes, primo-arrivants ou résidents en France depuis plusieurs années. La CNIL ne permettant pas d’établir des statistiques, jugées discriminatoires, sur les origines des usagers des services publics, ces indications sont empiriques, mais néanmoins utiles pour ne pas nier la culture de chacun des participants.

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La proposition faite aux adultes en situation d’apprentissage du français était la suivante : répondre à leurs besoins pratiques dans la vie quotidienne, en valorisant la diversité. Un cours le mardi, encadré par deux formatrices de l’association Langue et communication, partenaire de la bibliothèque, la reprise des apprentissages 1 jeudi sur 2 sur le pôle multimédia de la médiathèque et l’autre jeudi, un atelier encadré par une professionnelle du Centre de la Lande, partenaire du projet, consacré à la découverte de l’environnement social et culturel.

Pour permettre aux personnes inscrites (46 personnes en 3 groupes pour les cours du mardi et 10 à 12 places le jeudi) d’y assister, la gratuité, la garde d’enfants, l’aide aux transports ont grandement facilité ce qui est, en soi, une difficulté culturelle, à savoir : se rendre dans une bibliothèque dans un pays d’accueil dont on ne maîtrise pas la langue.

La mise en place de l’apprentissage du FLE à la médiathèque Lucien Herr tient à un partenariat tripartite entre la médiathèque, avec Fabienne Godet, travaillant à l’espace des adultes et chargée notamment de la médiation en direction des publics éloignés, le centre social de la Lande, centre social et socio-culturel de la commune, avec la coordinatrice de cette action Hélène Durand, et deux formatrices de l’association Langue et communication, soutenue par Rennes Métropole, qui favorise l’accueil des migrants sur le territoire.

Selon Charlotte Bihel, ce partenariat est fondé sur les compétences spécifiques des professionnels qui le portent, en médiation et en langue. Mais il est à noter que les sept années des ateliers FLE ont aussi pu se développer grâce au savoir faire et au savoir être de chacun des professionnels pour proposer ces ateliers dans les familles, au sein du pôle Solidarités de Saint-Jacques, du CDAS, du point accueil emploi, de la crèche municipale ou des établissements scolaires.

Entre septembre 2008 et juin 2015, 262 personnes ont bénéficié du dispositif, 155 femmes et 107 hommes, 143 jacquolandins, 94 rennais et 25 personnes d’autres communes voisines. La mixité s’est peu à peu confirmée et plusieurs personnes ont pu passer et obtenir des diplômes valorisant leur apprentissage tels que leDELF (Diplôme d’études en langue française).

Malgré le franc succès de ce dispositif, les fragilités économiques se sont révélées nombreuses. Suite à d’importantes contraintes financières, les orientations du projet du Centre de la Lande ont été modifiées, des licenciements décidés et l’action, telle qu’elle était construite, arrêtée. Forces et faiblesses du partenariat se trouvent ainsi soulignées puisque le fruit d’années d’expertise et d’engagement d’interlocuteurs multiples n’a pas suffi à pérenniser le projet pourtant soutenu politiquement.

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Un lien s’est néanmoins instauré avec de nombreux apprenants, et la médiathèque continue de valoriser le multiculturalisme et la rencontre des uns et des autres. Ainsi, le rendez-vous Planète Bulle invite, trois fois par an, un habitant de Saint-Jacques à raconter sa langue et son pays à un public familial. On y lit, on y chante, on y goûte, ensemble et en toute convivialité. De quoi continuer à s’enrichir les uns les autres.


Mémoire ENSSIB de Lola Mirabail, Lecture publique et immigration(s)

La journée pro organisée par la BPI à Calais le 29 septembre 2015


 

Médiathèque Lucien Herr
18 Cours Camille Claudel
35136 Saint Jacques de la Lande
02 99 31 18 08
http://www.mediatheque-lucien-herr.fr

 

Sophie Marotte, un poisson-pilote à Carrefour 18

_DSC0805Il y a deux mois, en esquissant notre premier portrait (Katell Nicol), on vous disait déjà notre goût pour l’innovation incarnée, celle portée par des femmes et des hommes qui, à force d’envies et d’imagination, expérimentent au quotidien des projets avec leurs usagers et dessinent, mine de rien, les pratiques professionnelles de demain. Aujourd’hui, on vous présente Sophie Marotte, membre de l’association Lire et Délire et coordinatrice de l’Espace lecture Carrefour 18 à Rennes.
Sophie anime un lieu atypique, une caverne d’Ali Baba au cœur des tours et à l’orée d’un jardin. Ici, quand y’a de la lumière, c’est ouvert. Les usagers sont libres et font ce qu’ils souhaitent : emprunter un livre (ou pas), boire un thé ou un café (à volonté), flâner, bricoler, créer ou simplement discuter… L’Espace lecture Carrefour 18 n’est pas une bibliothèque et Sophie n’est pas bibliothécaire. Après des études de lettres et de russe, elle a vécu avec son mari 1 an à Tahiti, où elle a tenu une librairie-papeterie, puis 4 ans à Brest, avant de poser ses valises et élever ses 4 enfants à Rennes, où elle vit depuis 17 ans.

De l’association à l’Espace lecture

Lire et Délire, son association, a été créée en 1996 pour promouvoir la lecture sous toutes ses formes et pour tous les publics. Elle émane du groupe de bénévoles de la bibliothèque de Noyal-Chatillon-sur-Seiche, contraint de se structurer au moment où la bibliothèque est devenue municipale et s’est professionnalisée. Lire et Délire, c’est une bande de fées avec de l’or au bout des doigts. Un groupe d’amies où tout le monde fait tout. L’association invente toutes sortes d’animations et de formations autour de la lecture, considérée comme un formidable terrain de jeu. Elle s’est notamment fait connaître par la création de spectacles et de lectures animées adaptant et mettant en scène des albums jeunesse, choisis avec soin pour la qualité de leurs textes et illustrations. Citons pour exemples L’ours bleu ; Raymond pêcheur d’amour et de sardines, inspiré de l’album d’Aurélia Grandin (Rue du monde) ; Boucle d’or de Byron Barton (L’École des loisirs) ou encore Ceci est un poème qui guérit les poissons de Jean-Pierre Siméon et Olivier Tallec (Rue du monde).

IMG_9048 (2) (1024x683)  photos 2011 236  Caroline   mi-decembre 2008 016

L’Espace lecture Carrefour 18 est hébergé par l’ARCS (Association rennaise des centres sociaux) au sein d’un de ses équipements partagés : le centre social Carrefour 18. Depuis son ouverture, en octobre 2010, Lire et Délire, missionnée par la Ville de Rennes dans le cadre d’une convention, y coordonne les projets et animations autour du livre, en étroite collaboration avec le SMAE (Service Médiation et Action Éducative des Bibliothèques de Rennes, dirigé par Marie-Anne Morel) et le centre social Carrefour 18 (dirigé par Patrice Preter). Les trois acteurs se réunissent tous les mois, et un comité technique a lieu tous les deux mois. Leur alchimie réussie tient à une volonté forte de travailler ensemble et en bonne intelligence. Le dicton l’union fait la force prend ici toute sa mesure. Comme l’a expliqué simplement Sophie lors de son intervention Une approche du livre et de la lecture par le détour. Des propositions concrètes qui permettent d’ouvrir le champ des possibles autour du livre et de la lecture à l’Espace lecture Carrefour 18 à la journée professionnelle La bibliothèque émancipatrice en 2013, les compétences s’additionnent et les faiblesses (ou défauts de fonctionnement) s’annulent. Pour illustrer cette belle complémentarité, Sophie file la métaphore animale et compare la Ville à l’éléphant, super structure et Lire et Délire à la souris, super souplesse. Ainsi Sophie n’a pas à gérer les collections de documents empruntables (via PMB) à l’Espace lecture. Caroline, Kristen et Maryse, du SMAE, s’en occupent pour elle. Avec ses lecteurs, Sophie se contente, malicieusement de les classer par couleur.

SOPHIE

Sophie est passée du statut de bénévole à celui de salariée. Elle jubile encore de cette opportunité – comme si on lui avait dit Continuez de vous amuser et, en plus, on vous paye ! – et remercie sincèrement Marie-Anne Morel et Marine Bedel de leur confiance, d’avoir osé et pris des risques. Après tout, rappelle Sophie, n’est-ce pas un grand talent que d’aller chercher les bonnes personnes?

Une démarche sociale qui ne crie pas son nom

La devise de Sophie, c’est de faire non pas pour les habitants, mais avec eux. Et il est vrai que partout au centre social, à l’extérieur, face à l’Étagère de rue dessinée par l’ébéniste créateur Emmanuel Pamphile ou à l’intérieur, dans l’antre chaleureux du petit Beaubourg ou de la maison de Barbapapa, on n’est jamais seuls. Toutes les envies, les initiatives, les idées, individuelles ou collectives, sont bonnes à écouter, à discuter. Et ça change tout.

Pour illustrer ce faire ensemble et cette redoutable capacité qu’a Sophie à créer des connexions, rappelons la belle aventure Bombance, menée en 2013-2014, avec la compagnie Caméléon. 1 année de préparation, 9 structures, 24 volontaires (parents, grands-parents, éducateurs, personnels de crèche…), 4 jours de formation, 1 spectacle, 1 semaine d’installation, 2 représentations publiques. La question posée au départ était Comment faire vivre les livres pour les tout-petits autrement ? Les réponses proposées ont été lumineuses, plus créatives les unes que les autres, comme ce formidable potager de livres. Mais la réponse ultime, comme le véritable but de Sophie, tenait en peu de mots : fédérer les gens.

Avec l’aide de ses amies de Lire et Délire et d’une quinzaine de bénévoles, et suivant les envies et les demandes des habitants, de multiples rendez-vous sont proposés dans et hors les murs. Impossible de les énumérer tous tant ils sont nombreux et renouvelés. Heureusement que le blog de l’Espace lecture, tenu avec beaucoup d’esprit et de vivacité par Sophie (qui, dans son autre vie à Noyal, a été correspondante pour Ouest-France), est là pour garder le fil. Citons quand même parmi toutes ce propositions des lectures animées et chansons pour les tout-petits, des jeux d’écriture collectifs ou individuels, un salon de lecture chez l’habitant, des partages et enregistrements de chansons et comptines du monde, des soirées livres et jeux (en partenariat avec Ludibli), des ateliers créatifs ou encore les fameuses Surprise Sorties ! À l’occasion de celles-ci, Sophie enfile sa casquette de chauffeuse et embarque une joyeuse troupe dans le minibus du centre social. La destination est connue à l’avance (salon Multiples à Morlaix) ou pas (Mois du doc à la Péniche Spectacle, Nuit du livre à Bécherel). En 2015, Sophie a lancé une petite fabrique poétique : des ateliers créatifs inspirés par des œuvres et auteurs classiques (dont Baudelaire, Hugo…). Comme dit Sophie, les participants ne viennent pas vraiment pour Victor Hugo, mais une fois sa tête ou sa citation brodée sur leur tote bag personnalisé, ils repartent avec ! Plus récemment les dimanches divers ont déplacé des foules. Et pour les fans de couture, naufragés de l’Internet, Sophie a trouvé un allié de choix pour les amener en douceur à oser arpenter la Toile : Pinterest, qui déborde de pépites couturières.

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En 2015 a également eu lieu un Carrefouremix inspiré des BiblioRemix. De ce remix (1 journée avec les salariés de la structure et 1 autre avec les habitants) sont nés à L’Espace lecture, et à la demande des habitants qui souhaitaient dépasser le stade du brainstorming et du prototypage, des petits-déjeuners en chantier : en résonance avec les midis tricot, 3 projets de mobiliers en forme de pelote sont lancés, dont une très attendue tricomobile !

Du fait qu’elle œuvre au sein d’un centre social et avec des publics mixtes, le travail de Sophie n’est pas toujours compris pour ce qu’il est. L’espace lecture n’est ni un fablab, ni un simple lieu de bricolage et de loisir créatif, et ne se définit que par l’action. Le lieu du faire, pour se retrouver, divers et ouverts, et pour créer ensemble et, pourquoi pas, autour de la culture. Sophie rappelle que nombreux encore sont ceux qui ne comprennent pas l’intérêt d’offrir aux personnes modestes mieux qu’un quatre quarts à quatre sous ou une déco en papier crépon. Et pourtant… s’ils savaient comme ça porte, d’avoir de belles choses autour de soi !

J’aurais pas cru que j’étais capable de le faire…

Cela dit, à l’heure où il est partout question de cocréation, de participatif, etc., l’expérience de Sophie et de Lire et Délire est reconnue par les institutions. Au programme du CNFPT figurent désormais des formations Créer des livres avec des enfants et Comment jouer avec les albums hébergées par l’Espace lecture et construites par Lire et Délire. Pour la deuxième fois, les personnels Jeunesse et Sport et les bibliothécaires Jeunesse des biblis de Rennes bénéficient aussi des services de l’Espace lecture et de l’accompagnement de Sophie pour créer, lors de journées de formation DIY (Do It Yourself) des éléments de scénographie ou de médiation (jeux inspirés d’albums par exemple) pour la biennale d’illustration Jeunesse Les P’tits bouquineurs. Ces journées sont très positives pour la cohésion et la motivation des équipes qui trouvent là une occasion, précieuse, de se retrouver autour d’un projet libre et partagé. Sophie l’affirme : faire ensemble, ça décoince plein de choses.

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Souvent, les gens rentrent à l’Espace lecture en disant “je sais rien faire” et, à chaque fois, ils en repartent en disant “j’aurais pas cru que j’étais capable de le faire”. Ils ne se font pas confiance, mais Sophie, qui estime presque comme une chance de ne pas être, à la base, une professionnelle, a l’art de les décomplexer. S’il lui arrive de travailler avec des professionnels, comme la compagnie Caméléon pour le projet Bombance ou Benoît Morel pour le projet Rêve Party, la plupart du temps, rappelle-t-elle l’intervenant, c’est nous ! Alors pour que les gens cessent de ne pas faire par peur de rater, elle leur met entre les mains de bons outils (comme cette géniale machine à coudre sans pédale) et les encourage à se lancer et à se planter : l’erreur, c’est formateur !

_DSC0801Au fond, le secret de Sophie est le même que celui de Katell Nicol : aimer les gens. Tous les jours, Sophie prête une attention personnalisée à ses usagers et partage avec eux des instants de vie et des cafés (au point que les enfants de Sophie croient que c’est son métier, à Sophie, de papoter en buvant  des cafés !) Fée des mots et des images, bricoleuse avertie, poisson-pilote, entremetteuse, Sophie, l’ex-bénévole, n’a de cesse de faire des connexions entre les lieux, entre les gens, et trace un sillon professionnel singulier, réfléchi et plein d’esprit. Merci et chapeau l’amie !


Association Lire et délire
06 17 09 55 67


Espace Lecture Carrefour 18
Centre social Carrefour 18
7 rue d’Espagne
02 99 53 58 95
espacelecture18@laposte.net
http://espacelecturecarrefour18.wordpress.com

Les réseaux d’échanges de compétences en bibliothèque

C’est sur et par les réseaux sociaux que ce billet « boîte à outils » a germé. D’un mot posté, début septembre, par Michel Briand au groupe Facebook Bibliothèque créative est née l’envie de creuser l’expérience de la médiathèque de Languidic (Morbihan) avec la start-up rennaise Steeple.

Steeple, c’est quoi ?

Steeple
 est un réseau social créé par deux étudiants de l’ESC Rennes : Jean-Baptiste de Bel-Air et Nicolas Malœuvre (une fois sorti de l’INSA). Steeple (clocher, en anglais) propose aux membres d’une même communauté (école, entreprise, bibliothèque…) de partager un objet, un service ou une compétence sur une plateforme commune. Une sorte de combo entre un mur de petites annonces (Le Bon Coin) et un réseau social. Une fois mon compte Steeple validé, j’ai accès à une liste de propositions géolocalisées des membres de ma communauté. Je peux entrer en contact avec eux pour, par exemple, échanger des cours de yoga contre de l’aide en informatique, emprunter une perceuse à un autre étudiant du campus ou encore donner rendez-vous pour une sortie kayak.

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La particularité de Steeple tient à son modèle économique et son positionnement au sein de l’économie collaborative. Contrairement à Uber ou AirBnB (pour ne citer que des mastodontes californiens qu’on a, à tort, associés à l’économie de partage, Steeple ne taxe pas les transactions entre particuliers. Il se base sur le modèle de l’abonnement : le forfait mensuel dépend du nombre de membres de la communauté. Ses créateurs parlent d’ailleurs plus volontiers de « collaboration économique » que d’économie collaborative, comme alternative à l’économie capitaliste individuelle. Si je suis membre d’une communauté Steeple, je peux choisir la réciprocité ou non dans l’échange (service gratuit ou payant), et le gain symbolique et/ou social. C’est toute la valeur proposée par Steeple : créer du lien au sein d’une même communauté.

L’expérience de la médiathèque de Languidic

LIB a partagé avec Annie Le Guern-Porchet, directrice de la médiathèque de Languidic, son retour d’expérience tout chaud et enthousiasmant, suite au déploiement de Steeple en septembre 2015, au sein de sa structure.

À l’origine de cette convention entre Languidic et Steeple, le souhait d’expérimenter et d’avancer ensemble en fonction d’objectifs spécifiques : pour Steeple, répondre à une sollicitation publique et engagée, et de la médiathèque un testeur ; pour la médiathèque de Languidic, créer du lien autour de la question des échanges et réseaux par le biais d’un outil numérique séduisant.

Annie Le Guern-Porchet s’intéresse depuis de nombreuses années dans les réseaux d’échanges et de partages de compétences comme les RERS (Réseaux d’Échanges Réciproques de Savoirs) qu’elle a connus en région parisienne. Au fur et à mesure que sa culture personnelle de la réciprocité des savoirs s’est étoffée, son envie d’en faire bénéficier les usagers d’une médiathèque aussi. Le repérage via Twitter du tout jeune service Steeple a été le déclencheur de sa démarche pionnière à Languidic.

L’ouverture du compte Médiathèque de Languidic sur Steeple remonte à bientôt trois mois. Annie Le Guern-Porchet et la mairie ont lancé le projet en communicant activement, et en invitant Jean-Baptiste de Bel Air. Désormais, toute l’équipe de la médiathèque s’est prise au jeu. Chacune des quatre bibliothécaires promeut le service auprès des usagers. Ceux-ci sont au rendez-vous et, tous les jours, de nouveaux se lancent ou ajoutent une compétence à leur profil.

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Au sein de la communauté Médiathèque Languidic, la gratuité des services est facultative, mais ouvertement encouragée. Et les enjeux sociaux en sont d’autant plus riches : se familiariser avec un outil moderne, valoriser savoir-être et savoir-faire, créer un nouveau type de lien dans une commune rurale à la superficie très étendue et, à l’avenir, rematérialiser le service d’échange avec, en son cœur, la médiathèque. Celle-ci envisage d’ailleurs des ateliers d’échanges de savoirs sur place en complément du service Steeple, qui pourraient attirer de nouveaux publics.

À la veille de la journée professionnelle Bibliothèque et numérique : vers des espaces de création et de participation*, Annie Le Guern-Porchet évoque un cercle vertueux depuis le lancement du service. L’expérience menée avec Steeple a permis la valorisation au sein de la médiathèque et de la communauté du goût et des connaissances de chacun, professionnels et usagers. Ces derniers semblent même devenir de nouvelles sortes de « ressources documentaires », voire de « collections », à valoriser, faire dialoguer… Comme cette entrée sur le portail de la médiathèque : la Bibliothèque des savoirs tient lieu d’invitation. Et bien loin des collections immuables et sacrées, on en vient à la bibliothèque comme lieu expérientiel et indubitablement vivant.


*organisée conjointement par l’ABF Bretagne, Livre et lecture en Bretagne, la Médiathèque d’Ille-et-Vilaine, la médiathèque du Morbihan, la Bibliothèque de Rennes Métropole, la Bibliothèque départementale du Finistère et le CFCB Bretagne – Pays de la Loire / Université Rennes 2 , le 26 novembre 2015 à la Maison des associations, 6 Cours des Alliés, 35000 Rennes.


Les RERS

Le SEL

L’économie collaborative


Médiathèque de Languidic
Espace des médias et des arts
12 ter, rue Jean Moulin
56440 Languidic
02 97 65 19 18

 

 

 

 

Katell Nicol, ex-libraire, blogueuse et jeune bibliothécaire

bib4Expérimenter en bibliothèque passe de toute évidence par l’humain. Cependant, la focale Innovation est souvent portée sur l’outil ou le contenu et tend à détourner notre regard des artisans qui dessinent le métier. Katell Nicol, blogueuse de Tu l’as lu (stucru)?, ex-libraire devenue assistante de conservation à la bibliothèque des Champs Libres à Rennes, fait partie de ces nouveaux bibliothécaires.

Un bon déjeuner et une besace remplie d’idées ont façonné notre jolie rencontre et le présent billet. Parce que l’ADN de let it bib est dans le croisement des différents métiers du livre, la foi en l’avenir des collections – même physiques (si, si) –, le souhait de partager avec ses lecteurs une boîte à outils facile d’usage et inspirante et… une réelle envie d’expérimenter.

Selon Katell, à quoi ça ressemble une bibliothécaire ?

Difficile de répondre puisque Katell ne « se sent pas tout à fait bibliothécaire » – d’où le jeu du masque.

Elle est spécialisée Ados : aux acquisitions (en plus de la jeunesse et la BD), au département des collections, et en service public, puisqu’elle s’occupe du pôle Ados de la bibliothèque, La MeZZanine, et des animations qui y sont proposées.

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Pour accueillir les ados, dans leur diversité, Katell mêle savoir-faire et savoir-être avec délicatesse : si elle connaît très bien les différentes collections (imprimés, musique, cinéma, jeux de société, jeux de consoles), elle sait tout aussi bien bricoler, notamment lors des ateliers Tempo, insufflés par sa collègue Hélène Le Goff de l’Action culturelle. Tous les mercredis, et sans inscription, les ados sont invités à un temps ludique ou créatif, avec ou sans intervenant : créer un logo, customiser son agenda, fabriquer ses badges, etc. Alors, Katell serait-elle une sorte de couteau suisse ?

Libraire ?

Premier métier et métier de cœur de notre bibliothécaire, la librairie est le lieu où elle a fait ses classes, avec bonheur. Katell a commencé sa carrière de libraire dans la fameuse librairie Mollat, à Bordeaux. Et puis il y a eu Virgin, à Rennes, pendant quinze ans, jusqu’en 2013, quand l’enseigne a fermé tous ses magasins en France et licencié 1000 salariés, après une grève solidaire inattendue. Katell était responsable du rayon Jeunesse et BD indé.

De la grève, elle retient un souvenir ému. Le Virgin de Rennes était notoirement atypique et rempli de bons vendeurs un peu rebelles. Dont Katell et les désormais disquaires de It’s Only. Elle nous raconte ce moment de sentiments mêlés lorsqu’elle a pris le train pour relayer les camarades dans le Virgin occupé des Champs-Élysées, son sac de couchage sous le bras, heureuse de dormir « dans le rayon des poches ». Il y a quelques semaines, elle a eu la curiosité d’aller dans le Tati flambant neuf qui a remplacé sa librairie. Dans ce qui fut « son » rayon, on trouve désormais… des culottes.

Un peu de nostalgie, mais surtout beaucoup de curiosité plus tard, elle se reconnaît une faculté à tourner la page assez vite.

Une nouvelle génération de bibliothécaires est en marche ?

Une génération capable de s’inspirer du passé, mais décomplexée, délestée du poids des habitudes puisque, par définition, elle n’en a pas, d’habitudes. À voir Katell, on est tenté de le penser. Sa réponse : « oui, une nouvelle génération est en marche, mais tant que des concours sanctionnent le ticket d’entrée, la porte est dure à forcer ».

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Katell reconnaît la chance qui a été la sienne au moment où elle cherchait du travail et pense être « exactement à la bonne place » pour elle aujourd’hui. Aux collections, en ados, en bibliothèque.

Et le rapport à l’espace, aux usagers ?

L’aspect social de la bibliothèque (en général) lui plaît de plus en plus, et elle apprécie particulièrement le côté « cour de bas d’immeuble » de La MeZZanine. « Certains usagers se sont rencontrés là » et s’y retrouvent, jouent ensemble, font ce qu’ils veulent en dehors du regard des bibliothécaires.

L’espace a été créé au printemps 2013, avant son arrivée. Cependant, aujourd’hui, Katell fait partie des visages qui incarnent le lieu. Certains des usagers ados la tutoient, quand ce ne sont pas les adultes, qui connaissaient la libraire, et la retrouvent, ravis.

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La MeZZanine est « un lieu vivant, pas soumis au silence, confortable et ouvertement réservé aux adolescents ». On peut aussi bien y avoir accès à un livre, un jeu, une appli, un ukulele. Ici on s’exprime, on s’amuse, on crée, on laisse libre cours à sa créativité. Les tables thématiques (le bleu, le street art, « À la rentrée je me mets à… »), impeccablement mises en scène par Katell, sont aussi drôles qu’intelligentes.

Ça apporte quoi de venir d’ailleurs ? C’est quoi le plus du libraire ?

La véritable expertise du libraire devenu bibliothécaire, et de Katell en particulier, c’est de très bien connaître les collections, d’être polyvalent, réactif, de prendre des initiatives, de savoir mettre en scène ses coups de cœur par post-it, stickers, et autres bandeaux et mots, personnels et investis. Vive et cultivée, ce qui n’est pas un gros mot et reste une qualité appréciée des lecteurs en quête de conseils, partageuse et accessible, Katell s’investit, à La MeZZAnine comme sur les réseaux sociaux, et les usagers le lui rendent bien.

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Et les dix ans du blog ?  On fête ça ?

La bibliothèque n’est pas le seul terrain de jeu de Katell. Elle est aussi l’auteure du blog Tu l’as lu (stucru)? où elle égrène billets doux sur les livres qu’elle aime, belles images sur ce qu’elle fabrique (de la couture notamment) et anecdotes touchantes sur ses filles qui grandissent.

Cette année, un an avant les Champs Libres, Tu l’as lu (stucru) ? fête ses dix ans, « l’âge de la puberté » comme l’écrit Katell. Si celle-ci est lucide sur la baisse générale d’attractivité et de fréquentation des blogs, détrônés aujourd’hui par les modes plus conso d’Instagram et Facebook, elle a choisi de ne pas quitter pour autant la blogosphère tout de suite.

Elle a recentré son propos sur les bouquins et adopte, selon certaines, une posture «moins incarnée». Elle a surtout envie que la fête soit belle et nous mitonne avec tendresse une généreuse surprise.

Car si Katell la discrète a de l’or au bout de sa plume, elle a surtout ce talent sans pareil, aussi utile en librairie, en bibli que dans la vie : aimer son temps et aimer les gens.


Le blog de Katell


Bibliothèque Les Champs Libres
10, cours des Alliés
35000 Rennes
02 23 40 66 00
http://www.bibliotheque-rennesmetropole.fr/

 

Bib de l’EESAB, Rennes

D’abord il y a eu la visite organisée par doc@rennes, pendant laquelle Cécile Kerjan et Émilie Poulet, la fine équipe de la bibliothèque de l’École européenne supérieure d’art de Bretagne, ont partagé avec nous leur quotidien de bibliothécaires spécialisées, leur joli lieu de travail et… un délicieux gâteau au chocolat. Et comme notre gourmandise criait au rab’, on a poursuivi les échanges, quelque temps plus tard, dans une crêperie de la rue Saint-Melaine.

Quand on arrive au 34 rue Hoche, il faut d’abord traverser le cloître de ce qui fut, à l’époque napoléonienne, le couvent des sœurs de la Congrégation. Au sol, quelques poussières de farine : délicats reliquats d’une performance qui vient de s’achever. Le lieu est chargé d’histoire et surtout d’une magie rare. Dans l’air flottent les bonnes ondes de l’œuvre naissante, d’une émulation joyeuse et de la précieuse liberté, laissée aux 300 étudiants en art, design et communication qui fréquentent l’EESAB de Rennes, d’expérimenter et construire, au fil de leurs années d’études (de 3 à 5), une pratique artistique personnelle vivante et pétrie de culture.

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La bibliothèque, un des creusets de cette culture en chantier, n’échappe pas à l’esprit créatif de l’école. Elle a été entièrement réaménagée, sur une surface de 200 m2, en 2012, avec la contribution des enseignants et étudiants en design. Depuis, elle abrite en ses murs, hauts et lumineux, plusieurs pépites mobilières dont une spectaculaire table à deux niveaux, de lecture et de feuilletage et des étagères rehaussées de couleur. Dans les jours qui viennent doit être livrée une signalétique inédite en bois, à la typo découpée au laser, qui fait écho à l’objet-livre et se décline suivant les grands thèmes d’une bib d’école d’art : Monographies / Histoire de l’art / Design-Architecture-Urbanisme / Photographie-Cinéma-Son-Numérique / Esthétique-Philosophie-Sociologie / Design graphique-Typographie-Édition. Au point de jonction des deux espaces constituant la bibliothèque, Briac Leprêtre, artiste-enseignant et ancien élève de l’école, a conçu Avant peinture, une œuvre in situ réalisée en 2014 avec les étudiants de 2e année Art. Éloge du chantier.

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La bibliothèque de l’EESAB vit au rythme de l’école et adapte en permanence sa veille et ses ressources aux enseignements. Workshops et conférences déterminent les sujets à actualiser : céramique, design culinaire, matériaux, broderie, par exemple. Les enseignants et les élèves la fréquentent au gré de leurs recherches et travaux. Les nouveaux arrivés bénéficient de séances d’initiation à la recherche documentaire, en petits groupes. Le rapport des élèves à l’écrit ou à la veille étant très hétérogène, les bibliothécaires n’hésitent pas à leur offrir du sur mesure, sur rendez-vous. Les élèves peuvent apporter les livres dans les ateliers et espaces de travail. Du fait qu’ils restent plusieurs années, les bibliothécaires les connaissent bien. Cette proximité fidèle avec son public confère à la bib de l’EESAB une atmosphère de « maison familiale ». Le cocon est confortable, et accessible. Dans la limite des places assises disponibles, les visiteurs extérieurs peuvent venir y consulter les documents. Néanmoins, seuls les étudiants, enseignants et élèves des cours publics ont la possibilité de les emprunter (7 docs pour 21 jours pour les étudiants, 10 docs pour 30 jours pour les enseignants et 3 docs pour 7 jours pour les élèves des cours publics).

Le catalogue informatique de la bibliothèque est intégré à celui des bibliothèques de Rennes et Rennes Métropole (consultable ici). Au moment de faire leurs acquisitions, les bibliothécaires de l’EESAB se demandent toujours « quelle sera leur particularité » et font de nombreuses recherches dans des catalogues spécialisés. Leur offre doit être à la fois complémentaire de celle des bibliothèques publiques et universitaires, et pointue. Les collections sont valorisées sur le site et la page Facebook de l’école, et également via des tableaux Pinterest. Actuellement le fonds en rayon représente environ 12 000 ouvrages, auxquels s’ajoutent 3000 ouvrages conservés en réserve et disponibles sur demande, parmi lesquels un fonds ancien (antérieur à 1920). Lors de notre visite, on a pu voir l’étonnante Micrographie décorative de Laure Albin Veillot, des études de Mathurin Méheut ou une Histoire du costume.

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Pour tromper la (relative) solitude de leur personnel, échanger sur leurs pratiques et mutualiser leurs forces, les bibliothèques des écoles d’art sont organisées au sein du réseau BEAR, et ont relancé la base de données BSAD – base spécialisée en art et design, créée en 1985 – qui permet de trouver des articles de revues spécialisées à partir d’un sujet, d’un artiste, d’un auteur. Il leur arrive fréquemment d’échanger leurs documents en double. À l’EESAB, il arrive aussi que des enseignants, des artistes, des éditeurs donnent leurs ouvrages à la bibliothèque, pour documenter les cours ou les workshops.

Une problématique à laquelle est confrontée la bibliothèque de l’EESAB aujourd’hui concerne la conservation des mémoires de DNSEP. En tant qu’œuvres plastiques, ceux-ci ne se prêtent pas toujours bien au jeu de la numérisation. Il y a pourtant parmi eux de véritables trésors visuels et sensoriels, comme La Forêt, l’Arbre, le Bois et le Cure-dent. Quels sont les rapports domestiques entre l’homme et le bois ? de Nicolas Auger.

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Autres pépites à retrouver à la bibliothèque de l’EESAB : les livres d’Errances-éditions, un atelier de recherche et création (ARC) « transoption » conçu par Joël Roux et animé par Thierry Moré. Le projet a été présenté le 7 décembre 2014 aux Champs Libres dans le cadre des Premiers Dimanches « Laboratoire(s) de création ». Errances ou l’art de voyager sans boussole et de communiquer par le livre, sur papier et sur écran. Un résumé de l’expérience qu’on vous invite à vivre à la bibliothèque de l’EESAB…


Du 25 au 27 septembre 2015, Le Marché noir prend ses quartiers à l’EESAB


Bibliothèque de l’EESAB
34, rue Hoche
35000 Rennes
02 23 62 23 59
www.eesab.fr/rennes/lecole/la-bibliotheque

Zik en bib : libre et créative

Le 6 juin dernier, à la médiathèque de Pacé, nous étions reçues par Dominique Auer, responsable musique et cinéma, et Antoine Viry, animateur multimédia, cofondateur de Ziklibrenbib et animateur de la rubrique Musiques libres de 90 B, l’émission de la fameuse radio rennaise Canal B. L’occasion de revenir sur l’aventure Ziklibrenbib et leur très réussie Journée de création musicale.

Ziklibrenbib

Dominique Auer

Dominique Auer

Antoine Viry

Antoine Viry

C’est donc en binôme que nous reçoivent Dominique et Antoine, et les convergences entre eux sont évidentes. Pourtant, en 2011, lorsqu’il intègre l’équipe de la médiathèque, Dominique, à la différence d’Antoine et bien que spécialisé musique, ne connait pas encore le monde de la musique libre de diffusion. Et pour cause. Les ressources sont nombreuses et de qualité, mais disséminées un peu partout sur le net.

C’est le constat qu’Antoine et son ami Vincent Bouteloup, de la médiathèque d’Argentan Intercom (61), ont fait et qui les a poussés à créer le blog Ziklibrenbib, un prolongement naturel de leur job de bib. Ils cherchent, écoutent, puis partagent leurs découvertes avec les usagers. Ziklibrenbib promeut notamment les œuvres sous licence Creative Commons, c’est-à-dire autorisant au minimum la diffusion et la copie dans un but non commercial.

Aujourd’hui, Ziklibrenbib est devenu un réseau collaboratif national animé par 20 bibliothécaires professionnels. Ses outils de promotion et de médiation de la musique en libre diffusion dans les médiathèques sont nombreux : publications de chroniques sur le site, playlists, compilations trimestrielles, élection du « titre de l’année » (cf. le podium 2015 des tout récents lauréats), rencontres/concerts, etc. À l’occasion de sa tournée nationale d’automne, le vainqueur de l’élection 2014, le groupe A Singer of Songs, passera d’ailleurs par Pacé le 17 octobre prochain !

La Journée de création musicale

Le hasard faisant plutôt bien les choses, nous avons été reçues par Dominique et Antoine le jour du concert de restitution de leur 4ème Journée de création musicale.

Le concept de cette Journée de création musicale ? Dans l’hiver, organiser une journée de création collective sur casting instrument, motivation, éclectisme. Constituer un groupe d’un jour pour écrire, répéter, enregistrer un morceau validé par tous. Au printemps, une fois le mixage et la pochette réalisés, copier de multiples CD – sous CC of course – et se produire une unique fois, en live, à la médiathèque. Le public est enthousiaste et éclectique : fidèles du rendez-vous, curieux, famille et amis du « groupe d’un jour ».

Journée de création musicale_DSC0533webAu-delà de la création, cette folle Journée est un outil de médiation gai et fédérateur qui laisse volontairement sur la touche les notions de professionnel et amateur. Se rencontrer musicalement, faire ensemble, nous revoilà au cœur des enjeux des bib. Certains participants ont même monté un groupe depuis.

Ouverte à tous, la Journée de création a permis cette année à 15 personnes, dont Antoine et Dominique, de participer au projet par la musique et la prise de son bien-sûr, mais aussi par le dessin ou la photo. Quelques semaines plus tard, tous les acteurs du projet se sont retrouvés pour jouer La Peau de l’Ours, fruit de leur travail collectif, dans l’auditorium de la médiathèque, devant un public ravi, dont nous étions.


La genèse de l’aventure Ziklibrenbib

Élection titre de l’année 2015

Mais qu’est-ce que la musique « libre » ?

Pour pimenter le débat : la librairie musicale et sa défense/définition du droit d’auteur


Médiathèque de Pacé
Chemin de la Métairie
35740 Pacé
02 99 85 51 10
www.mediatheque-pace.fr